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Sachez que vous pouvez échapper à la justice des hommes, mais vous n'échapperez certainement pas au jugement de Dieu.

 

Serpents, race de vipères! Comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne? Matthieu 23:33

 

TÉMOIGNAGE DE FRANÇOISE LUTALA

 

Avant de lire ce témoignage, nous vous encourageons à lire l'importante mise en garde que nous avons faite concernant les témoignages. Cette mise en garde intitulée "Avertissement Témoignages" se trouve sur le site www.mcreveil.org.

 

Chers frères et chers amis, nous voulons partager avec vous cet extrait du témoignage de Françoise Lutala, qui signa des pactes avec satan dès son enfance, et qui en souffrit terriblement pendant toute sa jeunesse, jusqu’au jour où le Seigneur Jésus-Christ eut pitié d'elle et la délivra des chaînes de satan. Ce témoignage confirme les enseignements sur "Le Combat Spirituel" et "Le Discernement" que nous avons déjà étudiés. Nous vous exhortons à lire ce témoignage, ainsi que ces deux enseignements, si vous ne les avez pas encore lus. Ils sont d'une très grande richesse. Vous les trouverez sur le site www.mcreveil.org.

 

1- Début du Témoignage

 

Bien-aimés dans le Seigneur Jésus-Christ et très chers lecteurs, que le nom de mon Sauveur résonne en vous avec une grande intensité, du fait qu'Il vous accorde de lire ce document. S'Il a permis que vous preniez connaissance du message contenu dans mon témoignage, c'est, je l'espère, pour votre édification. Vous y trouverez le sujet de grandes exhortations. Seul le Seigneur Jésus-Christ a le pouvoir de délier et de sauver ceux qui sont en captivité dans les chaînes du diable. Car Il est le Tout-Puissant et Il est Amour. [...] Je m'appelle Lutala Kabe Françoise. Kabe signifie "moitié" dans ma langue natale, car je suis en réalité jumelle. Je suis née en 1954 au Rwanda d'un père pasteur à l'Église du Christ et d'une mère membre de la légion de Marie. Je suis originaire de la région de Kivu, dans la Zone de Shabunda. L'histoire que vous allez lire est le récit des événements tragiques que j'ai vécus. Sans l'intervention de Dieu, il y a longtemps que je serais morte.

 

2- Sous l'emprise du fétichisme

 

Mes parents avaient souvent l'habitude de nous raconter les histoires de notre village. Ils ne cessaient chaque fois de revenir sur les exploits d'une grand-mère sorcière, qui y vivait. Au lieu de me donner la chair de poule, ces histoires me captivaient. J'allais même jusqu'à prendre des informations supplémentaires auprès de mes amies sur les mœurs des sorciers. Mes amies me confièrent ce qu'elles croyaient être vrai sur la vie de ces derniers. ...

 

Compte tenu de mon jeune âge et de ce que m'avaient déjà raconté mes parents, je n'arrêtais pas d'avaler toutes ces histoires. À force de trop y penser, j'en vins même à désirer devenir à mon tour une sorcière. ... Mais l'occasion ne me fut pas donnée de réaliser mon rêve, puisque, dans mon entourage, il n'y avait personne qui puisse être soupçonné de détenir un tel pouvoir. Ma joie fut grande lorsque, pendant les grandes vacances de 1961, mon père nous amena en congé au village, afin de mieux connaître les autres membres de la famille. C'était pour moi une occasion de rencontrer ma grand-mère.

 

2.1- Le premier contact

 

Une fois à Shabunda, mon premier souci fut de rencontrer ma grand-mère, qui était en fait la tante de mon père, malgré l'interdiction de mes parents. Elle était crainte et respectée dans tout le village à cause de ses pouvoirs occultes. Un jour, trompant la vigilance de mes parents, j'allai la trouver et je lui dis: "Grand-mère, pourquoi mes parents ne t'aiment-ils pas? Pourquoi te critiquent-ils tant? Que leur as-tu fait pour qu'ils agissent ainsi envers toi?" "Je sais qu'ils ne m'aiment pas parce que je suis une sorcière." Loin de m'effrayer, cette affirmation me procura une joie intense. "Enfin, me dis-je, je suis en présence d'une vraie sorcière!" "Tu es sorcière? Alors montre-moi ton avion." "Comment?" dit-elle, comme si elle ne m'avait pas comprise. "Ensorcelle-moi!" "Je ne peux pas t'ensorceler. Il y a déjà une autre personne dans la famille à qui je dois léguer mes pouvoirs." "Ensorcelle-moi, au moins pour que je puisse voir les avions!" "Tu ne sais pas de quoi tu parles! Sais-tu que ces avions dont tu parles ne volent que la nuit? Les sorciers ne passent pas leur temps à s'amuser, contrairement à ce que pensent la plupart des gens, ils sont contraints de faire ce qu'ils font, de peur de recevoir des châtiments sévères, qui peuvent aller jusqu'à la mort. Et puis, s'ils le faisaient par plaisir, pourquoi certains d'entre eux somnolent-ils tant pendant la journée?"

 

Bien que vraies, ces paroles n'altérèrent en rien mon désir de devenir sorcière. D'ailleurs, le refus de ma grand-mère éveilla ma méfiance et me rappela ce que m'avait dit l'une de mes amies. Elle m'avait mise en garde, en me disant que les sorciers pouvaient être jaloux de voir certains pouvoirs transmis à quelqu'un. "Ils peuvent aller jusqu'à décourager un nouvel adepte avant de l'ensorceler." Pour tenter de briser la résistance de ma grand-mère, je me mis à pleurer. ... Agacée par mon vacarme, elle me dit: "Tu n'es qu'une petite fille. Tu as encore toute la vie devant toi. Il y a plusieurs choses que je peux te donner, mais je ne peux pas t'introduire dans la sorcellerie. Les lois de notre famille ne me permettent pas de le faire. Si tu étais au moins l'aînée, ou un garçon, cela aurait pu être possible. Mais, dans ta condition, je ne peux pas t'ensorceler."

 

Je me mis à pleurnicher: "Ensorcelle-moi, ensorcelle-moi! Touchée par cette mise en scène, la vieille céda en murmurant: "On ne donne à un enfant que ce qu'il demande ...!". Elle ajouta: "Ce n'est pas la sorcellerie qui va te rendre heureuse! Mais va, demande à tes parents 50 francs, et rapporte-les-moi demain. Je te remettrai quelque chose, une puissance qui te sera d'une grande utilité. Tu n'auras plus besoin de travailler pour gagner ta vie. Tous tes désirs seront exaucés. Tu n'auras plus besoin de t'inquiéter pour te marier, car les hommes te courront après..." Je ne comprenais rien de tout ce qu'elle me disait, mais je m'exécutai. Le lendemain, je demandai 50 francs à ma mère. A cette époque, 50 francs étaient une somme énorme. Mes parents consentirent à me la remettre, à condition que je leur dise ce que je comptais en faire. Il n'était pas question que je leur dévoile mon secret, de peur qu'ils n'aillent détruire tous mes projets auprès de ma grand-mère.

 

Pour tout embrouiller, je feignis d'être malade et je me mis à pleurer. Chose étrange, à partir du moment où je fis semblant d'être malade, je devins réellement malade. Tout mon corps fut agité d'une forte fièvre. Les voisins, accourus pour la circonstance, conseillèrent à mes parents d'accepter la perte de 50 francs plutôt que celle de leur enfant. Les jumeaux sont des êtres qui ont des facultés étranges, dit l'un d'eux. "Dès leur enfance, ils peuvent soumettre à leur volonté une personne qui les aurait insultés, même intérieurement. Il suffit de leur donner un cadeau pour apaiser leur colère et remédier à la situation..." Un autre voisin ajouta: "Je connais des jumeaux qui peuvent disparaître et réapparaître, chaque fois que leurs parents les contredisent..." Convaincus par les voisins, mes parents prirent peur et me donnèrent les 50 francs. Je me rendis à mon rendez-vous non sans avoir fait semblant de jouer, pour tromper la vigilance. Une fois chez ma grand-mère, je lui remis l'argent.

 

En attendant mon arrivée, elle avait déjà préparé un poulet, dans une marmite qui se trouvait encore sur le feu. Elle n'attendait que mon arrivée pour y introduire deux feuilles de je ne sais quel arbre, plus les 50 francs que j'avais apportés. Lorsque le plat fut cuit, elle en extrait l'argent et me le rendit. Je ne vis aucune trace des deux feuilles. A la question de savoir ce qu'étaient devenues ces deux feuilles, elle me répondit que ce n'étaient pas des feuilles, et qu'il y avait à présent une puissance en moi. Cette puissance était entrée en moi pendant qu'elle préparait le plat. "Qu'est-ce qu'une puissance et de quelle utilité me sera-t-elle? Elle me fit le même discours que précédemment: "N'importe qui pourra te donner tout ce que tu lui demanderas. Tu n'auras pas besoin de chercher à te marier. Tu seras très célèbre... Tout cela se manifestera lorsque tu auras 12 ou 13 ans..." Elle me demanda de manger tout le poulet, ce que je fis. Dès que le repas fut terminé, je fus possédée.

 

De retour à la maison, je remis l'argent à ma mère. Mon père lui dit alors: "Les voisins avaient raison, ce n'était qu'un test qu'elle voulait nous faire passer..." [...] Un sorcier ne peut pratiquer la sorcellerie sans en être conscient. Tout sorcier sait qu'il détient ce pouvoir. Et lorsqu'il rencontre un autre sorcier, tous deux se reconnaissent. Un vrai sorcier peut voir au travers d'une personne comme au travers d'une bouteille d'eau transparente. C'est pourquoi les sorciers peuvent se jouer de leurs victimes. Ils peuvent les attaquer en leur envoyant des maladies dans n'importe quelle partie de leur corps. Bien-aimés en Christ et chers lecteurs, seul le Saint-Esprit peut nous protéger des attaques du diable faites par le moyen des sorciers. Si l'on n'a pas Christ, on est à la merci de tels esprits. Comme tout autre esprit malin, l'esprit de la sorcellerie peut être chassé au nom de Jésus-Christ, si le possédé confesse sa sorcellerie et la rejette de tout son cœur pour accepter Christ.

 

2.2- Premières constatations

 

Les vacances terminées, nous quittâmes le village. Je n'avais que huit ans, et rien d'anormal ne vint troubler le cours de ma vie. J'eus vite oublié ma visite à ma grand-mère et toutes les cérémonies qui s'étaient déroulées... Trois années plus tard, je remarquai que ma vie n'était plus la même. Je m'imposais parmi mes camarades. J'étais souvent la première de la classe. Tout le monde s'entendait parfaitement avec moi, même lorsque j'imposais ma volonté. Personne ne pouvait me refuser ce que je souhaitais obtenir. Quant aux garçons, ils me couraient après. Le diable peut modifier la forme extérieure de notre corps, dans le bon comme dans le mauvais sens. Sous l'influence des mauvais esprits, et la puberté agissant, la forme de mon corps changea sensiblement dans le sens positif. Je devins jolie. Déjà à cet âge, des prétendants se déclaraient pour moi. Il arrivait même que des personnes respectables désirent que je devienne leur petite amie. D'autres n'attendaient que mon consentement pour divorcer de leurs épouses et se remarier avec moi. ... Mes parents pouvaient enregistrer une dizaine de prétendants par jour. Ils se présentaient avec des cadeaux... Mon pauvre père leur disait: "Ma fille est encore trop jeune pour que je puisse penser à la marier aussi tôt." Ma mère n'en revenait pas. Elle avait pourtant des grandes filles en âge de se marier. Elle devenait malade à force de voir tant de personnes s'acharner sur sa petite fille.

 

Il nous est avantageux d'être dans le Seigneur. Aucun de ceux qui n'étaient pas des chrétiens véritables ne pouvait me résister. J'obtenais tout ce que je voulais obtenir d'eux, sans exception. Les esprits qui étaient en moi envoûtaient les gens et annihilaient ainsi toute leur volonté et leur capacité de résistance. Je me rappelle bien le cas d'un homme déjà âgé, comptable dans une grande société, qui finit en prison. Voici comment: un jour que je revenais de la classe, j'eus l'ingénieuse idée de lui rendre visite. Lorsqu'il me vit, il me demanda courtoisement: "Que me vaut l'honneur de votre visite, princesse?" "Je viens chercher un peu d'argent de poche." "As-tu emmené quelque chose pour mettre l'argent, un sac par exemple?" "Oui." Je vidai mon cartable de tout son contenu, et je le lui tendis. Envoûté par mes démons, l'homme, sans se rendre compte de la gravité de son acte et de ses conséquences, remplit mon sac de billets de banque.

 

Cet argent ne lui appartenait même pas. Quelques jours plus tard, je reçus une note de sa part, par l'intermédiaire d'un collègue. Il me disait qu'il était en prison, et me demandait un peu d'argent pour corrompre les juges et être remis en liberté sous caution. Ce comptable était père de famille. Je lui fis dire par le messager: "Comment vous, qui avez des enfants de mon âge, n'avez-vous pas honte de faire une chose pareille à une fille qui a le même âge que celui de l'un de vos enfants? Si jamais cela se répète, j'en parlerai à mon père." L'affaire se termina là. C'était plus qu'une escroquerie. J'avais causé le malheur de cette famille. Que mon Dieu me pardonne! À partir du moment où j'avais remis l'argent à ma grand-mère et mangé son poulet, j'avais signé un pacte avec satan pour recevoir un pouvoir de domination. Deux esprits avaient alors été mis à ma disposition. Ces esprits attiraient à moi ceux qui n'étaient pas en Christ, et les obligeaient à satisfaire tous mes caprices.

 

3- Le couvent

 

3.1- Mon entrée au couvent

 

Compte tenu du ballet interminable des aspirants qui défilaient à la maison pour me demander en mariage, mes parents jugèrent préférable de m'éloigner. Mon père décida de m'envoyer au couvent. ... Je commençai par être aspirante, jusqu'à la fin de l'école primaire. Au cycle d'orientation, j'entrai au noviciat. Après avoir été postulante pendant quatre ans, je fus consacrée religieuse. La vie au couvent n'avait rien de particulier. Nous ne lisions pas la Bible. Nous récitions des prières que nous avions apprises par cœur. Nous chantions des cantiques contenus dans des livres de chants, et c'était tout. Loin de diminuer, mes pouvoirs s'accrurent encore au couvent. Mon "père spirituel" se mit à m'apprendre comment avoir des relations sexuelles avec un homme.

 

"Ma fille, me dit-il, ne sois pas scandalisée par ce qui pourra se passer entre toi et moi. Il est préférable que cela se passe ainsi entre nous, plutôt qu'avec des païens ou des laïcs. N'as-tu jamais entendu dire que le corps avait ses raisons que la raison ignore? Tu es une grande fille pour comprendre de quoi je parle." "J'ai fait un vœu de chasteté devant Dieu et devant les hommes. Je ne voudrais trahir ce serment pour rien au monde. Je suis vierge. Qu'adviendrait-il si je devenais ta femme? Devrais-je aller me confesser?" "Tu n'auras pas besoin d'aller te confesser. Ce n'est pas un péché, mais bien la satisfaction d'un besoin d'ordre naturel. C'est Dieu Lui-même qui a créé ce besoin. Puisque tu as prononcé tes vœux, tu ne peux plus te défouler en dehors du couvent. Comme je suis là, c'est à moi de te l'apprendre." "Et si je devenais enceinte?" "Tu ne le seras jamais, car il faudra prendre des mesures..."

 

La piété affichée par certaines religieuses n'est qu'une apparence extérieure que l'église catholique donne au monde extérieur. J'ai vu des sœurs tuer des enfants. J'ai vu des cadavres d'enfants enterrés. Certaines religieuses sont mêmes mortes du cancer à force de prendre des contraceptifs. Notre Créateur a institué les rapports sexuels entre un homme et une femme uniquement dans le cadre du mariage. En dehors de ce cadre, on commet soit l'adultère, soit l'infidélité, soit la fornication, quelle que soit la qualité du partenaire. Malgré tous les beaux discours du prêtre, je ne lui ai pas cédé. J'étais dégoûtée par l'âge avancé de ce prêtre. Je n'avais que seize ans, alors qu'il en avait bien cinquante. Pour que les couvents ne se vident pas de leurs pensionnaires, cette organisation humaine a instauré un système selon lequel un vieux père spirituel devait avoir pour partenaire une jeune sœur religieuse, et inversement. Car un jeune prêtre qui s'attacherait à une jeune religieuse risquerait, poussé par l'amour, d'abandonner les ordres pour aller fonder une famille ailleurs.

 

3.2- Mon renvoi du couvent

 

Pour me soustraire aux avances du vieux prêtre, je me liai d'amitié avec un autre prêtre, jeune et beau. Enfreignant les ordres, je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour qu'il devienne mon intime. Nous étions tellement liés que l'on nous voyait souvent ensemble partout. Le vieux prêtre dit au jeune de m'abandonner, mais il ne réussit pas à nous séparer. Aucun accord n'étant trouvé, les deux rivaux se mirent à se haïr. Cela dura un certain temps. Il se forma deux camps, ceux qui approuvaient le jeune prêtre, les révolutionnaires, et ceux qui tenaient mordicus au règlement, les conservateurs. Un jour, il y eut entre les deux hommes un échange de paroles qui n'avaient rien du catéchisme, puis ils en vinrent aux mains. Une forte bagarre s'ensuivit, à tel point qu'il y eut des brûlures et des blessures graves. Les soutanes furent brûlées et déchirées de part et d'autre. Cependant, le jeune prêtre eut le dessus sur le vieux.

 

Le lendemain, je fus convoquée pour écouter le compte-rendu du jugement prononcé contre moi. Bien que n'étant pas impliquée au premier degré dans la bagarre, je m'attendais néanmoins à certaines réprimandes. Le vieux prêtre obtint gain de cause et demeura à son poste. En revanche, le jeune fut déplacé dans une lointaine campagne. N'étant pas satisfaite de l'éloignement de mon jeune "amant," j'exigeai mon renvoi du couvent, en guise de protestation. Ma demande fut rejetée, pour des raisons que je ne m'explique pas jusqu'à maintenant. Je leur fis alors comprendre qu'il y allait de leur intérêt que je parte. "Je vois mal mon transfert dans un autre couvent. Je préfère quitter les ordres, sinon, je me ferai engrosser par le premier venu, et j'irai promener ma grossesse partout, en ayant bien soin de proclamer à qui voudra m'entendre d'où elle provient. Tout le monde saura que nous ne sommes pas différentes des femmes libres..."

 

Ils me laissèrent partir, non sans avoir convoqué ma mère, pour lui dire, en ma présence, ce qui suit: "Chère madame, nous vous remercions d'avoir bien voulu répondre à notre invitation. Nous voulions vous prévenir d'un grave danger qui guette votre fille, notre ancienne collègue. Après être restée si longtemps au milieu de nous, ce n'est que maintenant qu'elle nous a fait comprendre qu'elle n'a pas la vocation religieuse. C'est pourquoi notre congrégation a jugé bon de lui accorder sa liberté. En votre présence, nous aimerions toutefois qu'elle nous confirme par serment qu'elle ne dévoilera rien du motif de son renvoi. Qu'elle ne dise rien de ce qu'elle a vu et entendu au milieu de nous, de peur d'encourir une malédiction éternelle."

 

"Ma sœur, qu'a-t-elle donc fait de si grave pour mériter une telle sévérité de votre part?" "Madame, ce qu'elle a fait n'est pas digne d'être raconté ici. Il y va de notre intérêt à tous que je garde le silence. Dans moins d'une semaine, votre fille pourra vous rejoindre chez vous à la maison." Je fus enfin autorisée à quitter le couvent, après qu'on a piétiné mon voile et mes autres biens, en signe de malédiction pour le cas où je dénoncerais le secret de la cause de mon renvoi. J'y étais restée six ans.

 

4- Le compte à rebours

 

La réadaptation à ma nouvelle vie fut pénible, après une aussi longue période à ne rien faire de positif au couvent. Grâce à mon diplôme, j'obtins une place d'institutrice dans une école de la place. Je poursuivis également des études universitaires. Au cours de cette période, je fis la connaissance d'un jeune étudiant de l'Université de Lubumbashi prénommé Jean (ce n'est pas son vrai prénom). Plus tard, je me mariai avec Jean. Les premières années après mon mariage furent heureuses. Ses études achevées, Jean obtint le poste de directeur de l'école. Après trois maternités, nous nous retrouvâmes avec quatre enfants, dont des jumeaux, les derniers.

 

Les deux démons qui étaient en moi étaient toujours actifs. Cependant mon éducation primait sur la divagation de mes sentiments, et j'aimais mon foyer. Cela dura jusqu'au moment où le temps qui avait été alloué à ces démons toucha à son terme. Ces esprits longtemps condamnés à me servir aspiraient au repos. Mais qui aurait pu les libérer, puisque ma grand-mère, qui les avait liés, était morte depuis longtemps? Seul Jésus-Christ aurait pu me libérer, mais je ne Le connaissais pas encore. ... Suite aux perturbations et aux problèmes que j'avais causés, avant comme après mon séjour au couvent, il fallait à présent que je paye. Puisque je servais satan, c'était lui qui devait me faire payer. Satan se fait payer en envoyant des maladies, des tourments, toutes sortes de problèmes, et même la mort physique. À partir de ce moment, j'ai commencé à éprouver beaucoup de difficultés dans ma vie. Au début, je n'y faisais pas attention, dans l'espoir qu'elles pourraient passer. Mais, à la longue, elles s'accumulèrent sur notre famille.

 

4.1- "Je suis en toi!"

 

Voici comment tout commença. Un jour, je retournai à la maison après les cours. À peine avais-je pris un peu de repos que j'entendis frapper à la porte. Après avoir ouvert, je découvris un homme revêtu de l'habit de fête d'un chef coutumier. Par politesse, je m'écartai de l'embrasure de la porte pour lui faire place, et je l'invitai à entrer. Il me dit: "Je ne peux entrer, madame, puisque j'y suis déjà." "Pardon? Entre dans la maison, puisque tu te tiens à la porte." "Je suis en toi depuis si longtemps! Comment peux-tu m'inviter à entrer? Je connais mieux que toi chaque recoin de cette maison!" "Que dis-tu? N'es-tu pas fou? Tu demeures en moi et tu connais cette maison mieux que moi? Qui es-tu?" "Je ne suis pas un être ordinaire. Il y a bien longtemps que mon corps est mort et enterré. Pourtant j'habite en toi en attendant de pouvoir trouver mieux." Sur ces paroles, je compris que je me trouvais devant un revenant. Je perdis connaissance et tombai à terre. Les voisins accoururent et m'amenèrent à l'hôpital. Quand je repris connaissance, les médecins avaient déjà découvert en moi toute une série de maladies. D'après eux, je souffrais de surmenage, d'hypertension, j'avais des problèmes cardiaques, etc. Je crus à toutes les conclusions des médecins.

 

Quand ils me dirent que j'étais cardiaque, je sentis effectivement des douleurs au cœur. Quant au surmenage cela me surprit beaucoup. Était-ce une manière d'interpréter les phénomènes qui m'arrivaient? Par exemple, quand je déposais une chose à un endroit précis, je la trouvais déplacée à un autre endroit. Quand je m'en plaignais, les gens attribuaient cela au surmenage. Je voyais des choses dans la rue. Je pouvais sentir la présence d'une personne invisible à mes côtés, et je pouvais même ressentir des frottements, mais je ne voyais personne... Je vis un jour un jeune homme portant un serpent enroulé autour du cou en guise de chaînette, alors que tout le monde ne voyait qu'une chaînette en or. Je fus tournée en ridicule lorsque je voulus lui montrer ce que je voyais à son cou. Cette chaînette n'était pas ordinaire... Le jeune homme, par respect pour ma condition d'ex-religieuse, se retint de me gifler et attribua ma réaction au surmenage.

 

4.2- "Je cherche Marie-Thérèse"

 

Un jour, j'étais en classe et j'écrivais au tableau noir. J'avais tellement écrit que mon bras commençait à me faire mal. C'est alors que j'observai quelque chose d'étrange. Prenant naissance au niveau de mon omoplate, un autre bras apparut de sorte que j'avais à présent deux mains droites. Apparemment, j'étais la seule à voir ce phénomène puisque les élèves restaient silencieux. J'eus peur, et je refusai d'accepter cette image dans mon cerveau. Je me dis que c'était une hallucination due au surmenage que l'on m'attribuait toujours. Je voulus continuer à écrire, mais la force me manqua. C'est alors que je vis des lettres apparaître d'elles-mêmes sur le tableau noir, pour former la phrase suivante: "Je cherche Marie-Thérèse." Je perdis à nouveau connaissance et je tombai à terre. Les élèves se mirent à rire quand ils me virent, tomber, car ils n'avaient pas encore découvert ce qui m'avait fait tomber. Mais ils aperçurent à leur tour les lettres qui continuaient à apparaître sur le tableau..., et ils entendirent une voix qui disait: "Je cherche Marie-Thérèse!"

 

Ils n'eurent pas le courage d'attendre la suite et se sauvèrent, les uns par la porte, les autres par les fenêtres. Cela se passait au Lycée Tuendeleya, ex Lycée Marie-José. La "Marie-Thérèse" en question était une jeune élève de ce Lycée qui était morte des suites d'un avortement manqué. Je n'étais plus religieuse, mais les gens continuaient souvent à m'appeler "sœur Françoise." Ainsi, lorsque ce scandale du Lycée Marie-José fut connu, mes anciens maîtres, c'est-à-dire les catholiques, pour se couvrir et me discréditer, firent paraître un article dans un journal local. Cet article disait que l'ancienne religieuse "Sœur Françoise" avait conseillé une jeune fille venue la consulter sur la conduite à tenir en cas de grossesse, et qu'elle lui avait suggéré d'avorter. La mère et le bébé avaient trouvé la mort au cours de l'opération. Le journal poursuivait en disant que l'esprit de cette fille était en train de tourmenter l'ex-sœur Françoise, d'où ses fréquentes crises. L'église catholique romaine est une grande organisation humaine, mieux structurée que la Mafia ou la CIA, car elle est dirigée par lucifer lui-même. A cette même époque, à Lubumbashi, il y eut à plusieurs endroits des manifestations identiques aux miennes.

 

4.3- Une étrange grossesse

 

Je me trouvai une nouvelle fois enceinte. La conception avait été normale. Au quatrième mois, j'allai passer une consultation prénatale. Les gynécologues découvrirent que ma grossesse était extra-utérine. Il fallait une opération. Normalement, une telle grossesse extra-utérine provoque des douleurs dès les premiers mois de son développement. Comme je ne ressentais aucune douleur, je refusai d'être opérée. Offusqués par la mise en doute de leur diagnostic, les médecins exigèrent une radiologie. L'examen radiologique, à l'hôpital de Lubumbashi, confirma la thèse, et je m'inclinai. L'opération dura six heures, l'on ne trouva aucune trace d'une quelconque grossesse. Les médecins trouvèrent en moi un terrain propice à leurs recherches. Ils firent tout pour comprendre le phénomène: prélèvement de tissus pour diverses cultures, examens de toutes sortes... Pendant ce temps, mes jambes et mes pieds se mirent à gonfler démesurément.

 

On me découvrait des maladies au rythme d'une par rendez-vous. On me prescrivait un traitement et, lorsque je revenais pour un contrôle, on me découvrait une ou deux autres maladies. Finalement on me découvrit un cancer. Mon ventre avait sensiblement augmenté de volume. Je vomissais un mélange nauséabond de sang en putréfaction de couleur noire et de salive. J'avais beaucoup maigri, et mon teint avait noirci. Toute vigueur de ma jeunesse avait disparu. Toute beauté avait fait place à une laideur digne d'une candidate à la tombe. Les médecins finirent par conclure que j'avais un cancer à l'estomac. Je subis une seconde opération. Mais, dans l'impossibilité de faire quoi que ce soit pour arrêter, la progression de la maladie ou pour l'éliminer, on me recousit sans rien me dire.

 

4.4- Les conclusions des hommes

 

Aidée par une subvention de la Gécamines, ma famille se cotisa pour m'envoyer à Paris pour y recevoir des soins médicaux, à l'Hôpital Sainte-Anne. J'y restai pendant une année complète. J'y subis toutes sortes d'examens médicaux. On me fit alors comprendre que je n'avais plus pour longtemps à vivre. Malgré les conclusions données par d'éminentes personnalités scientifiques, l'idée que je devais passer par une mort imminente n'effleura même pas ma pensée. Il y avait en moi la conviction que je vivrais longtemps. Nous allâmes ensuite en Suisse, où je suivis pendant six mois des soins médicaux ininterrompus. Puis je fus renvoyée au pays pour y mourir. D'après les médecins, il ne me restait plus que cinq mois de vie...

 

5- La magie secrète

 

De retour au pays, je me suis résignée à mon sort. Je n'espérais plus rien. Les gens venaient me voir pour me dire d'aller trouver des féticheurs. D'autres venaient avec une longue liste de plantes médicinales. Mon mari Jean ne partageait pas leur avis. Pour lui, le mal qui me rongeait était d'origine démoniaque. Il fallait alors l'intervention de Dieu. Il me conseilla donc d'aller trouver des prêtres pour m'exorciser. ... Encouragée par ces paroles qui me semblaient édifiantes, je rassemblai le peu d'énergie qui me restait et j'allai trouver seule mes anciens collègues. Lorsque j'arrivai au couvent, le révérend père me reçut à bras ouverts. On aurait dit qu'il s'attendait à ma visite... "Sœur Françoise, tu as bien fait de venir nous demander conseil, malgré ton état de santé. Ma fille, je ne saurai te dire autre chose. Je peux déjà te garantir qu'après ta mort, ton âme ne restera pas longtemps au purgatoire avant d'entrer au paradis. Tu as déjà assez souffert comme cela. Pour cela, nous dirons plusieurs messes en ta mémoire pour que le bon Dieu intervienne rapidement."

 

"Si Dieu peut intervenir, c'est maintenant que j'ai le plus besoin de Son aide, mon père! Je suis une mère, j'ai quatre petits enfants qui ont encore besoin de moi. Ils sont encore tout petits. Que deviendront-ils?" "Nous savons tous que le cancer ne pardonne pas. La mort effraie toujours. Je comprends ta peine. Tu peux donc t'en aller partout chercher ta guérison comme tu l'entends. Reviens vite me voir lorsque tu seras rétablie. Je t'entendrai en confession..." C'était une manière polie de se débarrasser de moi et de me congédier. Je m'en allai, toute triste et déprimée, ne sachant que faire ni où aller pour éviter cette mort tant redoutée. Je me trouvais déjà au niveau du grand portail du couvent lorsque j'entendis quelqu'un m'interpeller derrière moi: "Sœur Françoise, veux-tu revenir!" Je tournai la tête, et je vis un prêtre, plus jeune que celui que je venais de quitter. Il était de passage dans ce couvent. Il était curé d'un autre couvent situé également à Lubumbashi.

 

5.1- L'initiation

 

Son collègue venait de lui révéler la raison de ma visite. Le jeune curé me dit: "Viens me trouver dans ma paroisse quand tu voudras." Il partit après m'avoir remis son adresse. Dès le lendemain, j'allai le trouver après la matinale. Il ne fut pas surpris de me voir. "Tout ce que je peux faire pour toi, ce n'est pas empêcher la mort de t'atteindre, mais retarder sa venue par des prières spéciales que je compte te remettre. Bien sûr, tu mourras un jour, car personne n'est éternel sur cette terre. Mais, si tu observes bien mes conseils, tu vivras longtemps. Je vais te mettre en contact avec des 'saints anges'." "Du moment qu'il y a une possibilité, aussi minime soit-elle, de prolonger ma vie, je suis prête à tout ce qui est en mon pouvoir pour vivre. Je ne veux pas mourir, mon père!" "Achète d'abord ton sanctuaire et quelques accessoires. Ils te seront d'une grande utilité dans tes prières." Le sanctuaire en question était une caisse en bois peinte en plusieurs couleurs, dont la partie supérieure avait la forme d'un cône. Un linge blanc recouvrait le tout.

 

À l'intérieur, il y avait une statuette de la "vierge marie", un crucifix, des images de celui que les catholiques appellent par erreur Jésus-Christ, une pierre tombale dite "pierre sainte", reliques d'un mort (ongles, cheveux, morceaux de tissus ayant appartenu au mort ...) appelées "reliques d'un saint", etc. Outre le sanctuaire, j'ai aussi acheté de l'encens, des cierges et divers autres objets. La Bible déclare sainte toute personne née de nouveau. L'église catholique romaine canonise les morts. Un petit livre me fut remis. Il me servait de guide, pour mes prières. Je me mis donc à prier en suivant les prescriptions de ce livre. Les effets ne manquèrent pas de se manifester. Un jour que j'étais en prière dans ma chambre, un vent, sorti de je ne sais où, se mit à souffler violemment dans ma chambre. Il s'apaisa comme il avait commencé, mystérieusement. Je ne pouvais pas aller trouver le père curé pour lui raconter ce que je vivais, car il avait été convenu avec lui que je ne pourrais aller le voir que lorsque les "anges du bon Dieu" me seraient apparus.

 

5.2- Mes pratiques mystérieuses

 

Un après-midi, vers 16h, je me trouvais dans ma chambre en train de "prier." En réalité, je ne faisais que lire les textes ou réciter ceux que j'avais déjà appris par cœur. J'avais aspergé toute la chambre d'eau bénite. Je m'étais imprégnée d'un parfum et j'avais soufflé aux quatre coins de la chambre un peu de poudre. La fumée de l'encens qui brûlait flottait dans la pièce, donnant à celle-ci une apparence exotique. Mon crucifix devant moi, j'égrenais mon chapelet, selon les instructions du petit livre. Dans cette ambiance enfumée, je vis sortir du nuage d'encens une forme de main, qui me faisait signe de m'approcher. Je suis demeurée prostrée, ébahie, comme hypnotisée, sans comprendre ce qui m'arrivait, oubliant où je me trouvais. Je clignai des yeux pour voir si je ne rêvais pas toute éveillée. Cependant, la main était là et continuait à me faire signe. Je priais pour une probable guérison, mais l'idée d'une apparition de ce genre ne m'avait même pas effleurée.

 

Je m'attendais pourtant, mais sans grande conviction, à voir apparaître des anges, comme me l'avait annoncé le prêtre... Ce qui se produisit ensuite m'arracha à ma contemplation. La main se métamorphosa et prit la forme d'un être étrange qui n'avait rien d'un ange. Cet être n'avait d'humains que les mains et le front. Il avait les oreilles d'un lapin, les yeux d'un chat ou d'un hibou, un museau en guise de bouche, et une tête recouverte d'écailles, surmontée de deux cornes. Il avait des sabots à la place des pieds. Il était revêtu d'un pantalon noir et portait un gilet rayé de vert, rouge et jaune. J'eus quand même la présence d'esprit de reconnaître que je me trouvais bien en présence d'un démon, à la place de l'ange du bon Dieu promis par le père curé. Malgré cette découverte, il me fut impossible de fuir ni de crier au secours. Si je l'avais fait, cela aurait pu amenuiser mes chances de guérison. Je ne bougeai pas, car je tenais trop à mon rétablissement, quel que soit le prix à payer.

 

Une voix caverneuse, venue du fond des âges, sortit du museau de la bête, rompant ainsi le silence: "Pourquoi m'invoques-tu ici? Si je suis venu jusqu'à toi, c'est que tu m'as fort dérangé. Tes prières sont arrivées jusqu'à moi. Pourquoi ne viens-tu pas au quartier général comme tout le monde?" "Qu'est-ce que ce quartier général et où se trouve-t-il, pour que je puisse m'y rendre?" "Si tu ne connais ni le quartier général, ni l'endroit où il se trouve, comment as-tu appris ce qu'il fallait faire pour m'appeler? Qui t'a mise au courant de mon existence? C'est celui-là qui doit répondre à tes questions." Sur ces paroles, il disparut comme il était apparu. Puisqu'il se faisait tard, je ne suis pas partie aussitôt voir le curé. Le lendemain matin, j'allai voir le prêtre, et je lui racontai ce qui était arrivé. Au fur et à mesure que je parlais, je remarquai que son attitude devenait bizarre. Je compris qu'il était gêné de reconnaître que ce n'était pas un ange de Dieu qui m'était apparu, mais bien un démon, un ange déchu... Durant toute notre conversation, le prêtre ne me donna pas le temps de terminer mes phrases. Il m'interrompait souvent. J'acceptai donc de jouer le jeu.

 

Tu as vu les anges...! Ah! Sœur Françoise, tu as de la chance! Beaucoup ont désiré voir ce que tu as vécu, et n'y sont pas parvenus. D'autres sont morts sans avoir pu entrer en contact avec des saints de leur vivant. En tout cas, ta guérison ne saurait plus tarder. Que t'ont donc dit ces messagers de l'Éternel? Il m'a demandé de l'appeler dorénavant non de ma chambre, mais du quartier général. Où se trouve le quartier général, pour que je puisse m'y rendre? "Termine d'abord. Dis-moi tout ce que tu as à me dire, tout ce qu'ils t'ont dit. Je suis certain que tu connais bien le quartier général et son emplacement, même si tu ne sais pas que c'est de cela qu'il s'agit." "Mon père, il m'a dit d'aller vous trouver, pour que vous m'y conduisiez." "Es-tu bien certaine d'avoir entendu cette invitation?" "Oui certainement, mon père. Si ce n'était pas comment aurais-je connu l'existence du quartier général?" "Ça va, tu as raison, tu m'as convaincu. Dans ce cas, écoute-moi bien. Tu diras à ton mari que jusqu'à ta guérison, tu devras assister à une série de messes spéciales, chaque nuit à partir de ce soir. C'est pour qu'il ne te pose plus de questions à l'avenir. Quant à toi, tu veilleras soigneusement à ce que personne ne te suive jusqu'ici. Viens me retrouver seule, vers 23 heures, et je te montrerai le chemin du quartier général. Je te répète que tu dois faire attention à ce que personne ne te suive!"

 

Selon les conseils du prêtre, j'informai mon mari de ce que je devais faire. Jean me laissa partir, non sans s'être auparavant réjoui de ce que mes anciens partenaires avaient été bien disposés envers moi. À 23h passée de quelques minutes, j'étais au couvent, où je retrouvai le curé qui m'attendait. Nous nous acheminâmes vers une pièce qui se trouvait à l'intérieur même de la chapelle. Une fois dans cette pièce, j'y remarquai d'autres religieux, tout de noir vêtus. Le curé se changea et enfila des vêtements noirs. Il me remit un colis et me pria de me revêtir de son contenu le plus rapidement possible. Il y avait dans ce colis une robe noire, des bas noirs, des gants noirs et un livre dont la couverture était noire. Lorsque je fus vêtue de noir comme tout le monde, les prêtres exigèrent que je m'agenouille pour qu'ils prient pour moi. Ils m'imposèrent les mains. Pendant leur prière, je fus saisie de vertige. La prière terminée, ils voulurent s'assurer de l'effet que l'imposition des mains avait produit sur moi. Je leur dis ce que j'avais ressenti et je vis comme un soulagement sur leur visage. Le curé me dit: "Nous pouvons partir à présent." Il n'était pas encore 23h30 lorsque nous nous dirigeâmes en voiture vers le grand carrefour central de la ville de Lubumbashi.

 

À cette heure de la nuit, il règne à cet endroit de la ville une intense activité commerciale. Après avoir garé la voiture, tout le monde descendit. À ma grande surprise, les prêtres se mirent à se déshabiller, sans faire aucun cas de ma présence ni des personnes qui les entouraient. Le plus naturellement du monde, ils me prièrent de me dépêcher de me déshabiller, comme s'ils avaient oublié que J'étais une femme. J'obéis mais voulus garder mes sous-vêtements. Je reçus l'ordre de tout enlever et de rester nue, comme tout le monde. Le curé me dit: "Dépêche-toi, il ne nous reste que peu de minutes avant de rejoindre le quartier général!" Les lumières étaient brillantes. Les gens circulaient en tous sens. Personne ne semblait nous voir. Pourtant, ces prêtres étaient bien connus à Lubumbashi. Comment expliquer cela? C'était effrayant de passer par une telle expérience! L'un des prêtres me lança: "Dépêche-toi, nous n'avons pas de temps à perdre! Tu payeras cher si nous sommes en retard!" C'est alors que je compris que nous étions invisibles aux yeux des profanes. Je me déshabillai à mon tour.

 

Nous traversâmes la rue et atteignîmes le centre du carrefour. Un pentagramme fut dessiné sur le sol. Je fus invitée à m'y coucher à l'intérieur, le dos au sol, et chacun de mes membres au sommet de l'une des pointes du pentagramme. J'étais étendue au sol, bras et jambes écartés. Cinq cierges sortis de je ne sais où, brillaient à chaque sommet. On fit des incantations sur moi. Trois prélats nus m'enjambèrent, tout en ayant soin d'effleurer certaines parties de mon corps. Ils prononcèrent des prières qui m'étaient inconnues.

 

Ces prêtres m'enjambèrent comme il est procédé lors de l'ordination sacerdotale d'un nouveau prêtre catholique. La cérémonie terminée, les cierges disparurent sans que je comprenne comment. Nous revêtîmes nos habits noirs et prîmes la direction du cimetière des sapins de la ville de Lubumbashi. Le quartier général n'était autre que le cimetière. Au quartier général, je croyais que nous étions les seuls à fréquenter les cimetières la nuit. Je perdis toute illusion en voyant le nombre croissant de personnes que j'y trouvais. La plupart étaient jeunes. Je ne sais quel moyen ils avaient utilisé pour arriver jusque là.

 

Il y avait là des jeunes gens à la recherche de sensations fortes, chacun dans son domaine. Des étudiants venaient y chercher le moyen de terminer leurs études avec succès sans pour autant travailler. Des sportifs venaient y chercher des records inégalés. Des musiciens venaient y puiser de nouvelles inspirations. Moyennant des sacrifices, ces personnes signaient des pactes pour avoir plus de succès dans leurs entreprises. Mais, hélas, cette gloire n'était qu'éphémère. Il fallait renouveler le pacte après un certain temps, de peur de perdre la raison ou la vie. Il y avait aussi des hommes politiques. Outre le succès, ils désiraient obtenir le pouvoir de domination pour s'imposer dans des assemblées générales. Certains désiraient obtenir le pouvoir de lire l'avenir, afin de se protéger des jours mauvais. Les sacrifices que devaient offrir ces derniers étaient consistants. Certains venaient y préparer leurs discours. Toutes les professions étaient représentées: médecins, avocats, ingénieurs, etc. Tous avaient un dénominateur commun: C'étaient tous des satanistes à la recherche d'un succès terrestre. Si vous prêchez le Christ à de tels gens, ils ne L'accepteront pas comme leur Seigneur et Sauveur. Ces personnes se cachent souvent derrière des dénominations religieuses, ou des sectes qui nient la divinité de Jésus-Christ.

 

J'y ai aussi remarqué des pasteurs, des diacres, des abbés, dont l'abbé Kasongo qui était un familier des lieux, des prêtres, et j'en passe. Comment ces gens, qui ont pour mission de conduire les hommes à Dieu, avaient-ils échoué ici pour les conduire à satan? J'en ai donc conclu que Dieu n'existait pas, ou que le Dieu auquel nous pouvions croire était un faux dieu, un dieu de substitution, et que le vrai Dieu était ailleurs. La présence de guérisseurs, féticheurs, praticiens traditionnels et autres charlatans ne m'étonna guère. Il était normal qu'ils viennent puiser à leur source. Nous avons procédé à une visite des lieux. Arrivés devant une tombe, nous nous sommes arrêtés. Le curé récita une prière en invoquant quelques "saints," et dont lui et ses collègues étaient peut-être les seuls à connaître le secret. Certains passages étaient tirés du livre du prophète Jérémie. Au moyen d'une baguette magique, il frappa une tombe qui s'ouvrit d'elle-même en faisant sortir le cercueil.

 

Sous le cercueil, je découvris un passage, une sorte de couloir qui donnait sur une espèce de cave ou de sous-sol. Longeant le passage ainsi ouvert, nous atteignîmes un tournant, au-delà duquel mes yeux découvrirent une "abomination". A même le sol, il y avait là une croix grandeur nature, sur laquelle un homme était ligoté, agonisant et gisant dans son sang. Bien entendu, Il portait une couronne d'épines sur la tête. Un clou était planté dans chaque main, et un autre attachait les deux pieds au bois. Il n'avait cependant aucune blessure à la poitrine. Cet homme était entouré de chaînes, qui étaient en fait de grands chapelets. Les souffrances de cet homme étaient manifestes et me donnèrent le frisson. D'un air grave et compatissant, le curé me dit: "Voici notre seigneur jésus-christ souffrant sur la croix. Son agonie dure, car il n'est jamais mort. Il est toujours vivant." Nous avions sans doute atteint le but de notre promenade car, après avoir vu cet être, nous nous sommes prosternés pour l'adorer, puis nous avons rebroussé chemin. À quelques détails près, l'être sur la croix avait des traits semblables à ceux du "jésus-christ" dont les images inondent les marchés et les boutiques spécialisées. Ce même "christ" est parfois aussi représenté sur des bijoux féminins.

 

Dieu dit dans Exode 20:4-5 'Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles et tu ne les serviras point." Ne voit-on pas cependant les catholiques embrasser la croix? On ne doit pas se servir d'objets (crucifix, eau bénite, chapelet, etc.) dans le culte rendu à Dieu. L'être sur la croix rencontré au cimetière n'était qu'un démon. Le diable étant expert dans le mensonge, ses serviteurs ne peuvent qu'agir de la même manière. C'est ainsi que de nombreuses choses furent ajoutées à la sainte doctrine, comme l'eau bénite en l'an 400, la canonisation des "saints" en 995, le célibat obligatoire des prêtres en 1074, etc.

 

Ce premier contact avec le quartier général terminé, nous avons regagné le couvent, et je rentrai à la maison, où Jean était loin d'imaginer dans quelle nouvelle ornière je m'étais embourbée. Chaque nuit, je m'absentais pour aller au quartier général, dans le but d'apprendre à prier sur les tombeaux. Ces mêmes prières sont faites aussi par ceux qui dépouillent les tombes. Nos maîtres nous avaient conseillé de n'entrer en contact avec des morts, pour leur remettre certains cadeaux, qu'après les avoir roués de coups. Il y avait cependant des tombes qui ne dévoilaient pas leur contenu et qui ne répondaient pas à nos prières. Il s'agissait des tombes des véritables enfants de Dieu. Ceux qui répondaient à nos sollicitations étaient des démons qui attendaient la condamnation éternelle. Les esprits des enfants de Dieu ne séjournent pas dans les cimetières ou dans le séjour des morts.

 

Suite à mes nombreuses visites, je pus comprendre certaines choses. En particulier la provenance véritable de l'eau bénite et de l'huile d'onction utilisées dans le catholicisme. L'huile d'onction n'est autre chose que de la graisse humaine. Après l'avoir désodorisée, on y ajoute un peu d'huile d'olive. Notre chef suprême était le pape du cimetière. Rien ne pouvait se faire avant son apparition et sa fameuse bénédiction. Il n'était différent en rien du pape du Vatican par ses habits et ses différents gestes. Parfois, je me demande s'il ne s'agissait pas de la même personne.

 

À une période donnée de l'année, au printemps, je crois, ce pape bénissait une certaine quantité d'eau que l'on nous distribuait. Nous conservions une partie de cette eau jusqu'aux premières pluies. Nous recueillions alors les eaux des premières pluies pour la mélanger à celle que nous avions conservée, afin de réussir un bon mélange. Cette eau bénite était réservée aux grandes occasions. On la retrouve rarement dans les bénitiers. Je ne m'expliquais pas certaines choses: J'avais un corps différent lorsque j'étais au cimetière. Cet autre corps n'avait aucune déformation ni malformation quelconque.

 

Mais lorsque je quittais le cimetière, je reprenais mon ancien corps rempli de maladies. Lorsque j'en fis la remarque à mes supérieurs, ces derniers me firent entendre que c'était là une preuve tangible de mon rétablissement physique certain: 'Tu ne tarderas pas à avoir ce corps nouveau dans le monde physique. Persévère, pour que tu le voies s'accomplir..." Je ne manquais pas de persévérance! J'étais tellement zélée que je reçus le titre de diaconesse, et, plus tard, celui de médium, ce qui correspond au niveau le plus élevé pour une femme. Parmi les gens que je fréquentais, il y avait des tenanciers de grands débits de boissons. Ils nous demandaient souvent la possibilité d'augmenter leurs chiffres d'affaires. Nous leur remettions des esprits servants enfermés dans des bouteilles que nous remplissions d'eau bénite. Nous remettions ces bouteilles aux tenanciers, en ayant soin de leur dire de verser un peu de cette eau à l'entrée de leur débit de boissons, là où passent les clients. Une deuxième partie de l'eau devait être versée à l'intérieur, là où consomment les clients, et la dernière partie devait être versée dans les installations sanitaires, surtout dans les urinoirs.

 

Les démons enfermés dans les bouteilles étaient ainsi libérés et affectés à trois tâches différentes, selon l'endroit où ils avaient été lâchés. Ceux qui avaient été libérés dans les urinoirs avaient pour mission de "transformer" les urines en boissons consommables. Ainsi, le propriétaire ne devait plus acheter les boissons. C'était son avantage. Les esprits à l'intérieur du bar devaient introduire d'autres esprits dans les consommateurs. Ceux qui avaient été libérés devant la porte s'appelaient les "trompettistes." Au moyen de leurs "trompettes," ils attiraient ou appelaient les buveurs. Il doit être clair que le diable ne donne rien pour rien. Il se fait payer tout service rendu, aussi minime soit-il. En conservant ainsi leurs stocks de boissons intacts avec le concours des démons dans les urinoirs, tous ces commerçants, en contrepartie, devaient nous remettre 500.000 âmes par semaine. Une fois que cette urine transformée était consommée, toutes sortes de démons pouvaient entrer dans le corps des clients. Satan n'a pas tellement besoin de notre corps physique. C'est de notre esprit qu'il veut s'emparer pour neutraliser notre volonté. Il se sert toutefois de ses démons pour occuper des corps humains, car ces démons ont grandement besoin de notre corps pour s'y manifester.

 

Les impudiques attirent les esprits d'impudicité, et les menteurs les esprits de mensonge, qui viennent habiter en eux. ... En tant que médium, j'avais le pouvoir de transmettre de la puissance à d'autres. Je pouvais apprendre aux nouveaux venus comment faire des invocations, ou leur montrer tout simplement comment aller au quartier général. Je pouvais réceptionner divers courriers et les expédier à différents points du globe. Je connaissais plusieurs secrets pour tuer des gens, chose que je ne fis jamais. J'étais même en mesure d'envoyer des esprits pour ensorceler tout un quartier. Malgré ma capacité d'accomplir toutes ces prouesses, une fois que j'étais en dehors du cimetière, je me retrouvais toujours malade et déformée physiquement.

 

5.3- J'abandonne

 

Après ces longues fréquentations du monde occulte, mon organisme accusa de sérieux signes de faiblesse. Sans que je m'en rende compte, le temps que m'avaient prédit les médecins pour que je meure était dépassé. Mais je me disais que ce n'était que partie remise. Une nuit, Jean, qui m'avait conseillé d'aller trouver les prêtres, me suivit à mon insu jusqu'au couvent. Il se calma lorsqu'il me vit franchir le portail du couvent, et rebroussa chemin. De toute façon, s'il avait attendu, il ne nous aurait pas aperçus. Pour aller du couvent au quartier général, nous étions déjà invisibles. Mais ce calme fut de courte durée, et il commença à me poser des questions précises sur mes fréquentations nocturnes et l'état de ma santé. Je feignis l'indignation, et il se rétracta en me faisant ses excuses. Je résolus alors d'arrêter mes visites au cimetière, après en avoir parlé avec mes supérieurs. Je mis donc fin à ma fréquentation du cimetière et pris congé le plus simplement du monde de la magie secrète de l'église catholique. Je rendis au prêtre tout ce qu'il m'avait remis. "Si quelqu'un se tourne vers ceux qui évoquent les esprits et les devins, pour se prostituer après eux, je tournerai ma face contre cet homme, et je le retrancherai du milieu de mon peuple." Lévitique 20:6.

 

6- La rose-croix

 

L'un des buts de mon témoignage est de faire connaître à tout le monde que Dieu est le seul responsable de la vie des hommes sur la terre. Après avoir abandonné la magie secrète de l'église catholique, ma santé se détériora davantage. Outre les démons qui manifestaient leur présence au travers de mon corps, les esprits errants du cimetière profitèrent de mon retrait pour élire domicile en moi. Ceci ajouta une dimension infernale à mes maux. Je pouvais entendre leurs gémissements, leurs palabres et leurs plaintes interminables. Je n'avais plus aucun répit, ni le jour ni la nuit. Je souffrais tellement que j'en perdais la notion du temps. Quand venait la nuit, je désirais ardemment voir le jour paraître. La fraîcheur et le calme de la nuit, loin de me revigorer, amplifiaient les bruits que j'entendais, empêchant ainsi tout sommeil. Quand venait le jour, je désirais parvenir à la nuit, pour me soustraire aux tracasseries et aux ennuis incessants qui meublaient mes journées.

 

Gloire et louange au Seigneur Jésus-Christ, en qui nous avons la paix et la tranquillité, même dans des temps difficiles! Lui qui nous a rachetés par Son sang précieux qu'Il a versé au mont Golgotha. Ce sang nous couvre et nous protège des atrocités du malin. Mais, en ce temps-là, je n'avais aucune connaissance de Jésus-Christ ni de l'œuvre rédemptrice accomplie à la croix pour mon salut. Personne ne m'avait encore parlé de Lui. Partout où je passais, chacun défendait sa religion et les doctrines qui s'y rattachaient. Serait-ce ton cas, cher frère? Au lieu de présenter Christ, présentes-tu ton église? Présentes-tu le charisme de ton pasteur ou ta religion à quelqu'un qui a besoin de Christ?

 

6.1- Mon introduction dans la rose-croix

 

Dès avant notre visite familiale à mon village, mes oncles paternel et maternel, qui occupaient une position privilégiée au sein de la rose-croix, m'avaient fait enrôler au titre de "colombe," encore très jeune. Par la suite, au couvent, j'avais remarqué que le curé s'exerçait comme moi à la rose-croix. Je n'en étais encore qu'à un stade rudimentaire. ... Après mon abandon de la magie secrète catholique, un cousin qui vivait en Europe, de passage à Lubumbashi, vint me rendre visite. On lui avait parlé de la médiocrité de ma santé, et des péripéties que j'avais endurées pour un hypothétique rétablissement. Mon cousin resta calmement à mon chevet, sans rien dire pendant un moment. Puis les larmes coulèrent de ses yeux, et il me dit: "Bien sûr, on m'a parlé de toi et de ta santé, qui n'était pas fameuse du tout. Mais de là à te trouver dans un tel état, non, Françoise, je n'en reviens pas..."

 

Cette fois, ses larmes coulèrent de plus belle. Ce cousin était encore jeune lorsqu'il nous avait quittés pour aller en Europe. Il avait gardé de moi l'image d'une belle jeune fille. Devant la loque humaine que j'étais devenue, il n'eut pas la force de se retenir. Il me dit: "Puisque les mauvais esprits se sont ainsi moqués de ta santé et de ton corps, il vaudrait mieux faire intervenir l'énergie qui est en toi pour résister à toutes ces attaques. Pour cela, il est de ton intérêt que tu adhères à notre mouvement philosophique. Il existe en chaque être humain une force agissante. Cette force reste inactive tant que la personne qui l'abrite ne l'active pas, par simple ignorance. La rose-croix a une double tâche: Révéler cette force à son possesseur, et l'activer, avec l'accord de son possesseur." Me fixant intensément, il poursuivit: "Loin d'être une religion, la rose-croix est un mouvement qui englobe la métaphysique, la physique, etc. Tu n'auras pas besoin d'un baptême pour y accéder."

 

6.2- Mes pratiques

 

Je ne saurais vous relater toutes les étapes franchies au sein de la rose-croix, de peur de "vous faire perdre votre temps. Je dirai néanmoins que je suis passée par le stade de néophyte, par le Temple, et que j'ai parcouru la Loge. Un rosicrucien avisé comprendra facilement ce que je veux dire. Je connaissais des prières qui pouvaient carboniser un arbre ou un être humain. Un jour, j'en ai fait l'expérience sur un chimpanzé domestiqué par un couple d'occidentaux sans enfants. La perte de cet animal leur causa un chagrin que je regrette encore aujourd'hui. Il y a des gens qui vivent des situations difficiles lorsqu'ils sont en compagnie de rosicruciens, car ces derniers les prennent pour des cobayes pour expérimenter leurs pouvoirs. J'avais atteint un niveau où il m'était possible d'entendre les "voix" des végétaux et celles des animaux. Bien que jouissant de ces facultés extra-sensorielles, je n'étais pas libre du tout. Par exemple, je devais faire attention à ne pas écraser des fourmis en marchant. Je ne pouvais piétiner la pelouse, de peur qu'elle ne me gronde. Je pouvais utiliser mon corps astral et sortir de mon corps physique. J'ai souvent utilisé ce moyen pour me rendre à certains endroits. Le dédoublement nécessite une grande concentration, et beaucoup d'autres choses horribles. Pendant que l'esprit voyage, il est remplacé dans le corps par un démon.

 

Malheureusement, à son retour, l'esprit de la personne peut s'évader, provoquant ainsi la folie. D'où le nombre croissant de fous chez les pratiquants de ces sciences occultes. Lors de son adhésion, le nouvel adepte est contraint d'expédier sa photo à la maison-mère. Cette photo lui permet d'être identifié par ses nouveaux partenaires. En contrepartie, on accorde à l'adepte une pyramide. Cette pyramide ne peut être vue que par ceux qui ont atteint le niveau du Temple et de la Loge, les autres se servent de signes ou de petits autocollants. Il y a des insignes spécifiques à la rose-croix, bagues, chaînettes, etc. Les adeptes savent ainsi qu'ils sont en présence d'une "sœur" ou d'un "frère." La rose-croix se vante d'avoir donné à l'humanité des papes, des savants, des pasteurs et des prêtres. Il s'agit bien en réalité d'une religion. Les rosicruciens sont religieux, puisqu'ils invoquent des démons (les grands-maîtres et les imperators) dans les sphères du cosmos.

 

La Bible déclare que l'homme a été créé à l'image de Dieu. Les rosicruciens ont déformé cette vérité au profit de leur science. Voici ce que déclare une monographie rosicrucienne: "L'homme, tiré de l'image de Dieu, a chuté à un certain moment." (C'est une manière de ne pas dire clairement que l'homme a péché). "Cette chute a fait que Dieu a placé l'homme sur un plan d'infériorité." (La Bible dit que le péché a éloigné l'homme de son Créateur) "Cependant, l'homme peut se développer lui-même pour retrouver son état initial." Jésus a dit: "Nul ne peut venir au Père que par moi." La banalisation du péché est monnaie courante dans la rose-croix. L'ivrognerie n'est qu'une manière de se distraire, tandis que l'impudicité n'est qu'une petite imperfection que Dieu a permise pour satisfaire le besoin de quelqu'un d'autre. Pis encore, on va jusqu'à nier le fondement même du christianisme, à savoir la mort et la résurrection de Jésus. Pour les rosicruciens, Jésus ne pouvait ressusciter, puisqu'Il n'était pas mort. D'après eux, Christ ne pouvait mourir. Étant le grand maître de la magie, il ne pouvait connaître la mort. Pour eux, ce "christ" est le seul à avoir atteint la perfection. Alors que selon la Bible, Christ est la perfection même.

 

6.3- J'abandonne la rose-croix

 

Pour tout rosicrucien, la mort n'est qu'un terme réservé aux personnes ignorantes. La mort ne serait que le début d'un nouveau cycle de perfectionnement. Pour expliquer leur incapacité à me venir en aide, ils me disaient: "Ta dernière incarnation date du temps d'Hitler. Au cours de cette incarnation, tu as tellement tué de gens que maintenant tu dois payer cher tes crimes. Tu es en train de payer pour les crimes que tu as commis dans ta vie antérieure. Tu ne seras parfaite que dans une prochaine incarnation. Mais tu peux accélérer ce processus en faisant certaines études..." Les études en question consistaient à invoquer de manière occulte les esprits de personnes décédées: Les maîtres invisibles et les imperators. Les choses telles que l'huile et l'eau mystiques ne me furent d'aucune utilité. Méfiez-vous des maisons où la présence de miroirs ne se justifie pas, dans un bureau par exemple. Les miroirs, les masques noirs et les habits en or nous servaient lors des grandes cérémonies qui se déroulaient dans de grands temples sataniques.

 

Toutes ces étapes passées vous font comprendre que je n'étais plus du tout une novice. Cependant, je me suis éloignée de la rose-croix, malgré mes différents pouvoirs paranormaux, pour plusieurs raisons. La première raison est celle que vous connaissez déjà: Ma santé ne s'était pas rétablie et j'étais toujours malade. La seconde raison venait de la constatation que j'avais faite: Seuls les riches pouvaient accéder à la connaissance supérieure dans la rose-croix. Ce qui sous-entend que mon porte-monnaie en a souffert! La dernière raison qui motiva mon départ de la rose-croix est la suivante: Je reçus un jour une lettre émanant de mes chefs, dans laquelle on exigeait que je choisisse de quelle manière je voulais mourir. "S'il t'arrivait un jour de mourir, quel genre de mort choisirais-tu? Mort par noyade, mort par asphyxie, mort par étouffement, mort par épuisement ou par maladie, mort par pendaison, mort à la suite d'une bagarre, mort à la suite d'un accident, mort pendant le sommeil, etc." Cette lettre suscita en moi un sentiment de révolte et de dégoût.

 

Je perdis tout intérêt pour la rose-croix. "Comment osent-ils me poser de telles questions, alors qu'ils connaissent les raisons profondes de mon adhésion à leur secte? Guérirai-je après ma mort, et croient-ils que je vais gober leur histoire de réincarnation pour un nouveau cycle? Pourquoi toutes ces questions? Veulent-ils donc m'éliminer physiquement?" Puisque je ne voulais pas mourir, il n'était donc pas question que je réponde à leur lettre. Je tenais à la vie. Je voulais vivre afin d'aider les miens, vivre heureuse! Mon cousin n'était plus sur place pour que je le tienne informé de la tournure des événements. J'eus donc le bon réflexe de ne plus assister aux réunions et de ne plus lire les monographies. Je résolus donc de quitter la rose-croix, malgré le fait que le nombre de voix que j'entendais avait augmenté, et malgré toutes les conséquences qui pouvaient en découler. Je m'abandonnai à mon sort, le sort de quelqu'un sans Christ.

 

7- La Mahi-Kari et la magie indienne

 

Un ami de mon grand frère, m'informa des merveilles qui se passaient dans une récente secte orientale implantée dans notre pays. Il s'agissait de la Mahi-Kari. Très peu de gens connaissaient son existence et encore moins y avaient adhéré. Bien que n'étant pas une religion en soi, la Mahi-Kari enseignait une doctrine bien différente de celles que j'avais connues jusqu'ici. Toujours à la recherche d'une hypothétique guérison, je n'avais d'autre alternative que de m'engager dans cette nouvelle voie, malgré mes différentes déceptions enregistrées dans le passé. Je dus payer avec des devises mon adhésion, ainsi que l'achat de "l'omitama", un dieu étrange aux facultés bizarres. Pourquoi bizarres? Tout d'abord, parce qu'il fallait l'acheter, ensuite parce qu'il fallait le transporter, le protéger, et, au besoin, le cacher. Ce dieu me fut présenté sous la forme d'un médaillon creux comportant un bout de papier représentant l'effigie d'une personne. Le délai fixé pour ma mort était déjà expiré, mais j'avais toujours cette épée suspendue au-dessus de ma tête. Je croyais à tout ce que l'on me demandait de croire, afin d'atteindre mon but, qui n'était que la guérison physique.

 

Ma ferveur fut si manifeste qu'en peu de temps je gagnai la confiance des maîtres. Ce qui me valut le titre de "donneur de lumière". Quelle lumière pouvais-je transmettre aux autres, sinon une lumière noire et pleine de démons? Cette secte enseignait aussi la réincarnation, ce qui lui attirait un nombre croissant d'adeptes. Les gens y venaient en masse car on leur disait qu'ils n'avaient plus que quelques occasions, au plus, de revenir sur la terre avant d'être en harmonie avec leur dieu. Ces différentes réincarnations devaient les libérer de leurs diverses imperfections. Ainsi remplis de l'espoir de renaître bientôt parfaits, les adeptes se voyaient tout permis dans cette vie. Le christianisme donne aux enfants de Dieu le pouvoir de dominer sur la création. En revanche, dans la Mahi-Kari, l'homme doit tout faire, par ses propres efforts et ses propres moyens, pour dominer sur la nature et sur ses semblables. Mais je fus vite lassée. Mon corps accusait de plus en plus de faiblesse et de fatigue. Lorsque je demandais pourquoi je demeurais toujours malade, on me répondait que c'était une question de comportement. "Ces esprits viennent du cinquième ciel. Dès qu'ils auront terminé de faire ce qu'ils ont à faire en vous, ils vous laisseront libre..."

 

Les deux-tiers des enseignements que nous recevions concernaient les moyens d'obtenir des biens matériels. Des questions telles que celles-ci: "Comment devenir riche? Comment doubler son capital?" étaient courantes dans leurs réunions. En outre, je ne croyais pas à leur dieu. Même un petit enfant aurait pu déceler la supercherie. Quel était ce dieu qui, au lieu de nous secourir, de nous sauver, de nous guérir et de nous protéger, devait se laisser transporter ou dissimuler par nous, alors que c'était à nous de recevoir sa protection et son soutien? Je n'avais que faire de ce dieu pour riches. Comment un pauvre aurait-il pu se payer les devises nécessaires pour acheter l'omitama? Oui, même un petit enfant aurait pu déceler le subterfuge. Mieux valait pour moi me résigner à mon sort et attendre calmement la mort, plutôt que faire souffrir mon âme inutilement.

 

Toutefois, l'idée de mourir si jeune me chagrinait beaucoup. J'avais un mari et quatre enfants que je chérissais. J'étais prête à tout sacrifier pour eux. Pourquoi la maladie s'acharnait-elle tant sur moi, alors que le monde était rempli de candidats au suicide? Je priai Dieu. Je n'avais souvent pensé à Lui qu'en dernier ressort, lorsque mon intelligence avait épuisé toute autre solution. Ma foi a donc commencé quand j'ai constaté mon ignorance. Satan m'avait tellement avilie que mes jambes et mes pieds avaient démesurément enflé, au point que je ne pouvais mettre aucune chaussure. Pour me chausser, je devais utiliser des cartons maintenus à l'aide de ficelles. Un démon s'était logé dans mon dos et m'obligeait à rester en permanence dans une position inclinée. Même en ces temps difficiles, où un seul regard porté sur moi incitait à la répugnance, Jean demeura à mes côtés.

 

7.1- Mon premier contact avec la magie indienne

 

Il existe en Inde une organisation magique occulte dont je tairai le nom, et qui avait, à cette époque-là, deux bureaux de représentation en Afrique. Le premier bureau se trouvait au Malawi, tandis que le second était situé dans la ville même de Lubumbashi. Un après-midi, alors que je revenais de chez une parente, un inconnu m'interpella: C'était le représentant de l'organisation magique indienne au Zaïre. "Hélas! Qui es-tu pour supporter le poids d'un aussi grand nombre d'individus?" Je me tins sur le qui-vive, pour voir s'il s'adressait bien à moi ou à un autre passant. En moi-même, je ne manquai pas de m'interroger sur l'identité de celui qui pouvait "voir" les personnes dont je ne percevais que les voix.

 

J'étais certaine qu'il avait voulu parler de ces personnes. Malgré mon silence, l'homme insista: "Hé bien, toi, pour qui te prends-tu? Pour la reine d'Angleterre? C'est bien à toi que je m'adresse! Pourquoi fais-tu semblant de ne pas m'entendre? Ne sais-tu pas que j'ai la possibilité de te libérer de toute cette charge? Sois sage, et réfléchis un peu. Si je t'aide, que perds-tu et qu'ai-je à gagner? Rien!" J'étais tellement dégoûtée de la vie que je n'eus même pas le courage de répondre à ces paroles, ne serait-ce que par politesse. Comme un automate, je poursuivis ma route.

 

Cependant, poussé par je ne sais quelle force, l'inconnu, loin de se décourager, me poursuivit, malgré mon manque d'intérêt. "Sois sage et raisonnable! Je te donne tout de même mon adresse, pour le cas où tu changerais d'idée et que tu voudrais me contacter!" Il me donna verbalement son adresse et me devança. Tout au long de son discours, je ne me suis même pas retournée pour voir à quoi ressemblait son visage. Continuant ma route en silence, je m'apitoyai seule sur mon sort et me mis à pleurer. Je me dis: "Pourquoi ai-je été si grossière envers cet inconnu? Comment a-t-il 'vu' ceux qui me parlent souvent? S'il a pu les voir, c'est qu'il n'est pas un profane."

 

Une fois rentrée à la maison, je continuai à me poser ces questions. N'avait-il pas raison, après tout? Qu'avais-je à perdre, puisque, dans l'état où j'étais, tout était perdu? Autant le revoir. Ma décision fut prise, il fallait que je le rencontre! Le lendemain après-midi, j'étais chez lui. D'après le nombre de véhicules que je vis garés chez lui, je compris que cet homme ne devait pas être un simple féticheur, mais qu'il était bien plus que cela. Un peu rassurée, je pénétrai dans la propriété.

 

Lorsqu'il m'aperçut, il s'écria de loin, comme s'il s'attendait à ma visite: "Enfin, te voici! En tout cas, tu as bien fait de venir. Tu vas guérir de toutes tes maladies. Ce qui compte le plus ici, ce n'est ni le zèle ni la foi, mais le courage. Il te faudra beaucoup de courage... Je vais te soumettre à différents tests. Seuls les résultats diront si tu es apte ou pas." Un peu contrariée, à cause de toutes mes déceptions passées, je lui répondis durement: "Ce n'est pas la peine que je fasse vos tests! Je suis courageuse, je le sais! Il y a quelques années, je me rendais parfois seule la nuit au cimetière. Autre fois, toujours à la recherche de ma guérison, j'ai passé une nuit dans un marigot plein de crapauds. Dans des sectes où j'ai été, j'ai assisté sans broncher au sacrifice de certaines victimes! Il n'y a rien à redire à mon courage!" "Tu es peut-être courageuse, je l'admets. Cependant, les ordres sont que tu passes tes examens avant toutes autres choses, et il vaut mieux le faire d'abord. Le reste viendra après. Mais puisqu'il se fait déjà tard, reviens demain après-midi pour assister aux premières séances avec les autres." En me raccompagnant, nous traversâmes une salle pleine de gens nus, allongés à même le sol. Dans une autre salle, certaines personnes semblaient suivre un cours.

 

7.2- L'initiation

 

Le lendemain, lorsque je revins; on me donna un crayon à bille et un cahier pour prendre des notes. Nous devions mémoriser des phrases dont je ne comprenais pas la signification, car elles étaient dans une langue étrangère à consonance orientale. L'enseignant se servait d'une baguette pour cadencer le rythme de la prononciation. Ce n'est pas sans raison que je mentionne ce détail. En mémorisant ainsi ces textes, nous nous ouvrions au diable et à ses démons. Le diable utilise la parole, non seulement pour propager son message mortel, mais aussi pour posséder les âmes. C'est ainsi par exemple que lorsqu'un magicien prononce une formule magique, il utilise un code qui doit déclencher un certain mécanisme. ... Dans la rose-croix, on pouvait se dédoubler et aussi parler avec des végétaux. Je découvrais à présent, chez mon nouveau maître, que le diable pouvait transformer un homme en animal, en une mouche, un boa, un crocodile, un moustique, etc. Les véhicules que j'avais aperçus lors de mon arrivée appartenaient à des clients.

 

Un jour, après un cours, mon maître me dit confidentiellement: "Chère madame, dans ce bas monde, il n'y a rien pour rien. Les personnes qui viennent nous consulter ne le font pas gratuitement. Ils doivent payer un certain prix, soit en espèces, soit en échange d'une vie humaine, soit encore en faisant certaines tâches. Pour toi, ne t'inquiète pas, car ton cas est un peu spécial. Tu ne dois rien payer, car c'est moi qui t'ai trouvée, et non l'inverse. Il y a des gens qui n'ont pas payé ce qu'ils nous doivent. Ceux-là payent leurs dettes de leur liberté. Ils sont transformés en animaux, en boas, en singes, en léopards, etc. et ils sont vendus à des zoos ou des cirques. C'est très simple... Je les métamorphose en animaux, et je bloque le processus de retour à leur forme humaine par des formules appropriées. La victime reste pour de bon dans sa condition. On la ligote, on la met en cage, et on la vend en Ouganda, en Tanzanie, ou le plus souvent au Kenya. Le drame de ces personnes qui restent sous une forme animale, c'est qu'elles continuent à voir et à entendre exactement comme des hommes, mais sans pouvoir communiquer avec nous!"

 

7.3- Premières expérimentations

 

Les cours touchèrent à leur terme. Vint ensuite le temps des expériences. Un après-midi, nous nous trouvions dans l'une des salles, spacieuse et non meublée. Tout le monde se coucha nu, face contre terre. Nous devions remuer nos quatre membres à la manière d'un nageur dans l'eau. Nous avions répété plusieurs fois ce même exercice, lorsque le maître entra dans la salle où nous nous trouvions, et nous donna l'ordre de fermer les yeux. Il menaça sévèrement tous ceux qui désobéiraient à ses ordres. Il nous ordonna ensuite de réciter certaines des phrases que nous avions apprises par cœur, en ayant bien soin de bien prononcer chaque mot, et d'aspirer une bouffée d'air après chaque phrase.

 

Malgré l'interdiction du maître, ma curiosité me poussa à désobéir. Je voulais savoir à quoi servait toute cette mise en scène. Allongée sur le sol, au lieu de fermer les deux yeux, je n'en fermai qu'un seul, et observai ce qui se passait au moyen de mon œil entrouvert. Sous mon œil médusé, je vis une métamorphose se produire. Mon voisin devint un monstre moitié serpent, moitié homme. Les pieds, les jambes et une partie du tronc s'étaient déjà transformés en la queue d'un serpent, tandis que la poitrine, les bras et la tête conservaient encore leur forme humaine.

 

À la vue de cette scène, je perdis courage et je pris peur. Je voulus me sauver, fuir et partir au loin. Mais je me rappelai les imprécations du maître et les conséquences qui en découleraient. Aussi, je m'abstins et me concentrai sur l'exercice. Ceci me prit un peu de temps et me causa un léger retard. Je fus la dernière à me transformer en boa. Je sentais un affaiblissement total. Ouvrant les yeux pour voir ce qui m'arrivait, je découvris que tout mon corps avait pris la forme d'un serpent. Seule ma tête conservait encore une forme humaine! J'eus un second étourdissement et, à mon réveil, j'étais entièrement un serpent, un énorme boa. Au lieu de marcher, je rampais. A la place de paroles, sortaient de ma bouche des sifflements identiques à ceux d'un serpent. Toute la salle était remplie de boas. Seul le maître, debout, avait conservé sa forme humaine. J'entendais tout, et je voyais tout ce qui entrait dans mon champ visuel. Cependant, je ne pouvais pas m'exprimer! Une demi-heure plus tard, je ressentis comme un étourdissement. Lorsque je repris connaissance, je me retrouvai dans mon corps, avec mes maladies. J'avais pourtant été heureuse de constater que, sous forme d'un boa, je n'avais pas de difformités. Ce qui m'avait poussé à penser que j'étais guérie.

 

Quelle ne fut pas ma déception lorsque, reprenant ma forme humaine, j'observai avec amertume qu'aucune guérison ne s'était produite. Trois semaines plus tard, j'étais capable de me métamorphoser en boa, en abeille, en moustique, en crocodile, en léopard, etc. sans le concours du maître. Cela m'amusait beaucoup. Je pouvais ainsi oublier mes malheurs. Lorsque je prenais la forme d'une abeille, par exemple, je pouvais revenir à la maison, voir et entendre tout ce qui s'y passait, mais sans pouvoir intervenir.

 

Le revers de la médaille était que, lorsqu'une personne se trouve sous la forme d'un animal ou d'un insecte, si cet animal ou cet insecte est tué, la personne doit nécessairement mourir, non pas sur place, mais une fois rentrée à son domicile. Jean me reprochait souvent mes absences injustifiées les après-midi. Il voulait que je lui donne des explications. Mais il m'était impossible de lui en donner. Le maître nous avait formellement interdit de dévoiler notre secret, même à notre conjoint. Mais Jean devenait de plus en plus soupçonneux!

 

Un jour, il me suivit sans que je m'en aperçoive. Je ne l'aperçus qu'au dernier moment, et je n'avais plus aucun moyen de faire demi-tour ni de l'esquiver. J'entrai donc chez mon maître, et lui expliquai que "mon mari était à mes trousses". En un temps record, je me transformai en boa. Le maître n'eut que le temps de cacher mes habits dans un tiroir, et Jean fit irruption dans la pièce. "Où est ma femme? demanda-t-il." "De quelle femme parles-tu, cher monsieur?" Lui rétorqua le maître. "Je parle bien de mon épouse! Celle qui vient d'entrer dans cette salle. Je la suis depuis la maison. Elle n'a pu aller ailleurs. Je l'ai vue entrer ici, dans cette pièce!" "Mais regarde bien la pièce où nous nous trouvons. Il n'y en a qu'une. Cette fenêtre donne sur l'endroit par lequel tu es venu. Si ta femme est entrée ici, comme tu as l'audacieuse prétention de le dire, trouve-la donc! Sinon, présente-moi des excuses et dégage le plancher, car tu es en train de violer mon domicile." J'étais bien présente, mais Jean ne le savait pas. Enroulée sur moi-même dans un coin, je suivais leur dialogue.

 

À la fin, Jean s'exclama, découragé: "Ce n'est pas possible, mon Dieu, ce n'est pas possible! Je rêve ou quoi? J'ai suivi Françoise depuis la maison, jusque dans cette pièce. Où est donc passée ma chère épouse? Je ne vois qu'un boa et toi ici... Mais où est donc passée ma femme?" "Es-tu malade, ou quoi? Ai-je affaire à un fou? Je te dis de t'en aller, ou je vais porter plainte contre vous!" Jean n'était pas d'un tempérament compliqué. Il s'excusa et s'en alla. J'eus un pincement de cœur en voyant le désarroi de mon mari. Après son départ je repris la forme humaine et le suivis à la maison. Je le trouvai morose, l'air mélancolique. Il ne me posa aucune question, mais sa façon de me regarder en disait long. Avait-il des soupçons, ou avait-il simplement compris que sa chère Françoise n'était autre que ce boa dans le coin de la pièce? De peur de perdre mon mari, je décidai d'abandonner la magie indienne. Que deviendrais-je s'il m'arrivait de le perdre? À quoi ressemblerait ma vie? Une fois ma décision prise, j'allai trouver le maître et lui dis ceci: "Cher maître, voici plusieurs mois que je fréquente ces lieux, sans que cela change quoi que ce soit à mon état actuel!

 

Depuis qu'il m'a suivie ici, mon mari ne m'adresse plus la parole comme avant. J'en souffre beaucoup! Parfois, il me regarde d'une drôle de façon. Dis-moi, maître, ce qui me reste à faire, pour que je le fasse!" Il me considéra pendant un moment, avant de me demander: "Qui pourrait s'inquiéter le plus, en cas d'une absence prolongée de ta part?" "Cela dépend de la durée de mon absence." "Trois jours au plus." "C'est à mon mari que j'aurai le plus de comptes à rendre. Où comptes-tu m'emmener? Aurais-tu l'intention de me vendre au Kenya?" "Mais non! Ne sois pas idiote à ce point! Et puis, tu oublies, je pense, nos consignes? Tes questions ne dissimulent-elles pas ta peur? Pourtant, tu sais fort bien que le courage nous est recommandé, rappelle-toi bien! Apporte-moi les restes des aliments de ton mari, ainsi qu'un peu de la poussière de son talon droit. C'est pour le neutraliser pendant deux ou trois jours." Le lendemain, je lui apportai ce qu'il avait exigé. Il introduisit ce que je lui avais apporté dans une bouteille aux trois quarts remplie d'une substance. Avant de refermer la bouteille, il prononça par trois fois le nom de mon mari, puis il agita fortement la bouteille. "Ainsi, personne ne sera en mesure de t'inquiéter pendant deux à trois jours."

 

8- Le monde satanique sous-marin

 

Le maître mis de l'ordre dans les affaires en cours et confia la direction de sa maison à l'un de ses adjoints. Peu après, nous nous rendîmes dans la forêt, loin de toute habitation. Après avoir parcouru plusieurs kilomètres à pied, nous étions exténués. Il y avait dans les parages un "nganda!" (Sorte de camping où les chasseurs peuvent se reposer). Après m'avoir déshabillée, le maître me fit revêtir un vêtement de raphia et de feuilles d'arbre. Nous restâmes là deux jours sans prendre aucune nourriture. Le troisième jour, il me coloria d'une peinture à base de chaux, de différentes couleurs, à la manière des prêtresses spirites consultées pour la divination, et qui exécutent leur rite en invoquant des esprits sataniques. Un peu affaiblis, nous nous traînâmes jusqu'à la rivière qui coulait dans les parages. Il y avait une pirogue flottant sur l'eau, et retenue à la berge au moyen d'une corde. Il délia la corde et nous primes place à bord.

 

Nous suivîmes le courant d'eau, et atteignîmes un endroit où le courant était très fort, et l'eau très profonde. À mon grand étonnement, le maître arrêta la pirogue à cet endroit précis et m'invita à plonger. "Voici le moment où tu dois faire preuve de ton courage. Jette-toi à l'eau!" "Pardon?" "Je te dis de te jeter à l'eau!" Bien qu'à jeun et affaiblie, j'avais tout de même gardé assez de lucidité pour détecter le danger. "Jette-toi à l'eau le premier, et j'irai ensuite. Nous avons été ensemble jusqu'à présent; comment peux-tu imaginer que tu vas te débarrasser aussi facilement de moi?" "Trêve de bavardages! Nous avons atteint un point de non-retour. L'heure n'est pas aux vaines discussions. Plonge, je te l'ordonne. Le temps passe, et tu es attendue." "Mais c'est un suicide! Je ne sais pas nager! Si tu tiens à ce que je plonge, déplace la pirogue à un endroit où l'eau est moins profonde et moins agitée qu'ici. Sans cela, je ne plongerai jamais! Ou alors, plonge le premier, et je te suis!" "Tu ne sais pas de quoi tu parles, petite fille! Au point où nous en sommes, il nous est pratiquement impossible de faire marche arrière. Si j'accepte ta proposition, ce serait pour moi signer notre arrêt de mort! Nous sommes attendus! Tu ne le sais peut-être pas, mais tu es en train de gâcher toutes tes chances de guérison!" "Ma guérison se trouve-t-elle dans l'eau? Non, je ne veux pas."

 

Se voyant dans l'impossibilité de me convaincre, le maître eut recours à une ruse. Il fixa un point derrière moi et resta calme, comme s'il voulait attirer mon attention sur quelque chose. Je relâchai aussitôt ma méfiance pour observer ce qui se passait. Profitant de ces quelques secondes, le maître me précipita dans la rivière. Le contact de l'eau sur mon corps me fit un choc, mais, en dehors de cela, je ne ressentis plus rien. Je fus tout de même surprise de constater que mon corps ne se mouillait pas, et que je pouvais respirer tout à fait librement!

 

8.1- Dans l'antre du diable

 

La peur de la mort par noyade fit place à un grand étonnement. L'unique sensation bizarre que j'éprouvai ressemblait à ce que l'on ressent dans un avion qui traverse une zone de trous d'air. Cela dura quelque temps. Mes yeux étaient grand ouverts, mais je me trouvais dans une obscurité complète. Puis je perdis connaissance. Lorsque je revins à moi, il me semblait que l'on me palpait, comme si l'on me réanimait. Lorsque j'eus recouvré tous mes sens, on me déplaça de l'endroit où je me trouvais, et je me trouvai dans une salle très propre, où il faisait grand jour. La population de ce lieu était en grande partie constituée de femmes. J'étais accompagnée par l'une d'elles, qui me servait de guide, et qui m'expliqua que ces femmes étaient en réalité celles que les hommes appellent les "sirènes." Elles ne mettent leur queue que lorsqu'elles veulent sortir. Cette queue est identique à la queue d'un grand poisson. Enhardie par la courtoisie de mon guide, je lui demandai: "N'y a-t-il pas d'hommes ici?" "Si, si! Nous avons nos maris, mais ils ne sont pas comme les vôtres.

 

Ici, chaque homme possède une vingtaine de femmes au moins. Ce n'est pas de la polygamie, parce qu'ici, ce n'est pas l'homme qui choisit sa femme, mais plutôt la femme." Mon guide me montra les "maris" en question. C'étaient des géants. Chacun d'eux pouvait atteindre une taille de sept à douze mètres. L'un d'eux s'approcha de moi et m'examina comme un anthropologue examine un sujet à étudier. Il me souleva de terre d'une seule main et commença son examen. Nous arrivâmes chez les supérieurs, qui nous attendaient. On m'offrit une place, et mon guide se retira. Celui qui semblait être le plus gradé m'adressa ces paroles: "Le grand chef éprouve pour toi une grande affection. Il a commencé à s'intéresser à toi depuis le temps où tu as signé ton premier pacte avec lui, en acceptant le repas de ta grand-mère.

 

Depuis lors, il te suit partout. C'est lui qui t'a envoyée chercher. Enfin, te voici parmi nous, et, dans quelques instants, tu pourras avoir un tête-à-tête avec lui. Dis-toi bien que tu es privilégiée. Il te suffira de faire une toute petite chose de rien du tout pour le voir. Il suffit que tu exprimes ton désir de le rencontrer, en signant un nouveau pacte, mais volontairement cette fois. De la sorte, nous verrons que tu ne pourras plus nous nuire ni nous fausser compagnie à l'avenir. Le pacte consiste en ceci: Tu devras partager un repas avec nous. Par ce moyen, tu accepteras de nous donner ton père. Ce n'est qu'ensuite que tu pourras voir le prince."

 

"Que vient faire mon père dans tout cela? Je ne tuerai jamais personne. Si je suis arrivée jusqu'ici, c'est pour des raisons que vous connaissez bien!" "Mais ce n'est qu'un simple signe de soumission au prince, un signe d'obéissance et de fidélité. Le sang de ton père témoignera contre toi le jour où tu voudrais nous fausser compagnie. Sais-tu qu'un pacte conclu au moyen du sang a plus de valeur aux yeux du grand prince? Et si tu donnes le sang de ton père, quel signe de dévouement, d'attachement et d'amour pour le maître! Nous avons choisi ton père, car nous avons pensé que c'est lui qui convenait le mieux, entre ton mari, tes quatre enfants, ta mère ou ton père. Si tu n'es pas de cet avis, tu as encore le temps de nous indiquer, sur cette liste, qui tu veux sacrifier. Mais plus la personne sacrifiée vous est chère, plus la valeur du pacte est grande." "Non!" "Réfléchis, petite fille. Ne tiens pas compte de ce que tu crois, ni de ton état actuel. Tu auras une beauté bien plus grande que celle que tu avais dans ta jeunesse! Tu deviendras très belle et très riche!

 

8.2- Promesse des richesses

 

Parlons de la richesse qui t'attend. Tu auras toute une chaîne de magasins et de bijouteries." "Ma vie ne compte pas. Mettez-vous un peu à ma place: Qu'est-ce que je perdrais, si je mourais maintenant?" "Mais, chère madame, le grand prince ne te veut que du bien! Son souhait est que tu sois heureuse! Il a remarqué ton courage et veut faire de toi une grande reine de l'Afrique Noire! Tu es la seule à avoir pu mériter son admiration. Montre-toi digne d'une telle estime de la part de notre grand prince! Fais un petit geste, et tout changera positivement pour toi!" Devant un langage aussi séducteur, je fus sur le point d'oublier le caractère atroce de l'acte qui m'était demandé, ainsi que ses conséquences. Mais, après réflexion, je ne découvris rien qui me permettrait de condamner mon père. "Quels services devrais-je encore rendre, pour mériter tant d'éloges?" "Rien, absolument rien! En revanche, toi, tu recevras de grandes richesses. Ne te l'ai-je pas dit au début? Tu deviendras réellement une reine enviée de tous. Le grand prince a juré de te faire un nom dans la bijouterie africaine. C'est par le moyen de ce grand commerce de bijoux que tu le serviras et que tu lui permettras d'obtenir continuellement du sang humain et des âmes." "Combien de fois faudra-t-il vous dire que j'ai horreur du sang! Je ne peux pas tuer. Tuez-moi plutôt, car je ne tuerai aucune des personnes figurant sur votre liste."

 

"Ne te fâche pas! Qui t'a parlé de tuer? À vrai dire, tu ne tueras personne! Accepte seulement de manger avec nous, accepte que ces bijouteries fonctionnent en ton nom, et c'est tout! Tes clients seront poussés par la convoitise. Ils viendront eux-mêmes acheter très cher des bijoux dans tes magasins. Sur le plan de la qualité, nos produits sont les meilleurs. La plupart de tes clients deviendront nos victimes. En effet, ces bijoux, grâce à d'innombrables incantations compliquées, contiennent des esprits inférieurs condamnés à nous servir. Quand un client achètera un bijou, c'est en réalité un esprit qu'il achètera. Une fois dans leur maison, cet esprit sera capable de soutirer pendant la nuit le sang des occupants de la maison, surtout celui des petits enfants. Il pourra aussi perturber l'équilibre du foyer en semant la mésentente entre les conjoints, sans jamais être inquiété. Tout le monde sait qu'un foyer où il y a de la mésentente est un terrain propice à nos exploits. Cet esprit pourra aussi voler de l'argent, et semer la méfiance entre les conjoints." "Je ne peux pas vous donner mon accord tout de suite. Donnez-moi plutôt un temps de réflexion."

 

Je fis cette demande pour avoir un moment de répit, car j'en avais assez! "Tu as tout ton temps! Réfléchis, et tu verras que tu risques de gâter tes chances pour de simples futilités! Car après tout, ton père finira bien par mourir un jour, avec ou sans ton concours." Mon interlocuteur me conduisit dans une sorte de couloir qui déboucha sur une salle. Compte tenu du mobilier, je me dis qu'il devait s'agir d'une salle de cours. Quelqu'un se tenait au tableau. Je lui fus confiée, il s'approcha de moi, très sûr de lui. Il agissait comme un professeur devant un nouvel étudiant. Sans protocole ni préambule, il me dit: "Si tu veux t'élever au sein de notre hiérarchie, il est de mon devoir de te révéler ne serait-ce que les éléments de société, et l'extension de base des rouages de nos pouvoirs." Après qu'il m'eut instruit sur toutes ces choses, il me remit une sorte de lentille que je dus placer sur mes yeux. Il fit défiler devant moi sur un écran des personnes portant des insignes ou des figurines, sur le visage ou sur la poitrine. Parmi ces insignes, il y avait par exemple le pentacle, étoile à cinq branches utilisée par les occultistes dans leurs incantations. Chaque dessin représentait une certaine espèce d'esprits. Ils étaient différenciés par leurs couleurs, qui couvraient tout le spectre.

 

Mon instructeur me montra sur l'écran un homme portant une couronne noire sur la poitrine. Il me dit que c'était un sorcier: "La couleur nous indique qu'il en est encore à ses débuts. Nous n'enregistrons pas toutes les couleurs, en particulier le blanc, le rouge et le jaune. Nous utilisons à la place leurs dérivés. Tu vois cet homme qui a un anneau bleuâtre sur la bouche? C'est un voleur, doublé d'un menteur, dont la couleur est le bleu sombre. Un féticheur est identifié par un triangle isocèle renversé. Un impudique porte un cercle rose autour de la poitrine." L'ivresse, quelque soit le produit qui l'avait provoquée, bière, alcool, chanvre ou drogue, était caractérisée par la même couleur. A mesure que les images défilaient sur l'écran, je remarquai que mon interlocuteur en laissait passer certaines sans donner aucune explication. La particularité de ces gens était qu'ils étaient tous sans dessin ni figure géométrique de couleur variée. Plus tard, je compris que ces personnes entourées de feu étaient des chrétiens régénérés. Le diable ne pouvait rien faire contre eux directement. La séance de cours terminée, mon instructeur me remit aux bons soins de celui qui m'avait amenée chez lui. Quand il me vit, ce dernier insista beaucoup pour que je sacrifie mon père.

 

Je lui exprimai mon désaccord en restant de marbre! Ceci énerva mon interlocuteur. Il se fâcha, et donna l'ordre qu'on me persuade d'accepter. Deux autres personnes me conduisirent dans un endroit très différent des précédents. Ils me dirent: "Le grand prince éprouve pour toi une grande estime. Il ne veut pas te contraindre à accepter de le servir. Compte tenu des qualités qui sont en toi, il désire que tu acceptes de le servir de ton propre gré. Fais preuve d'intelligence, et profite de l'occasion qui t'est offerte maintenant. N'oublie pas que même si tu persistes à refuser, il t'est impossible de nous fausser compagnie maintenant que tu as pris connaissance des éléments de base de notre organisation. Tu es des nôtres!" "Que mon Père meure de sa mort naturelle, car je ne le tuerai pas. Quant à moi et à ce qui pourrait m'arriver, je m'en moque éperdument!" "Si nous avions voulu te tuer, nous l'aurions fait. Tu serais morte le jour où les deux esprits qui te servaient en ont eu assez et ont réclamé leur liberté. Tu serais morte aussi le jour où tu as décidé de quitter les cimetières! Le grand prince estime que tu lui seras utile vivante que morte."

 

L'homme se retourna pour me montrer deux hommes blancs. Il me demanda si je les connaissais. Comme je ne répondais pas, il me dit que c'étaient ceux-là qui m'avaient servie depuis l'âge de huit ans. "Ils t'ont suivie partout où tu es allée. Actuellement, il y en a cinquante-deux comme eux qui sont à ton service. Voici enfin venu le temps où tu peux les voir et les admirer! Trop longtemps, tu n'as entendu que leurs voix!" Je vis alors les cinquante-deux personnages. Chacun surgit en répondant "Présent!" à l'appel qui fut fait devant moi. "Si tu donnes ton consentement, tu seras princesse, et des milliers te serviront!"

 

Accompagnée de tous mes suiveurs, je fus reconduite à mon premier interlocuteur. Comme s'il avait assisté à notre conversation, il me dit: "Tu as de la chance d'être encore vivante après un tel affront! Je ne vois pas ce que le grand prince trouve de spécial en toi! Tu retourneras donc chez toi. Cependant, nous ferons en sorte que tu respectes nos exigences." Sans plus mot dire, il me raccompagna à l'endroit par où j'étais entrée chez eux, dans le monde spirituel sous-marin. Au moment où nous atteignîmes notre objectif, on m'interpella et on me remit un objet de forme arrondie, transparent, qui mesurait environ 16 centimètres de diamètre.

 

Je demandai ce que c'était et à quoi cela servait, mais on me répondit de poser ces questions à celui qui m'avait amenée là-bas. Je pris l'objet, en espérant qu'il représentait la solution à mon problème, et que cela pourrait être un moyen de recouvrer la santé. Sous l'eau, mon corps ne me faisait pas mal, mais toutes les déformations provoquées par la maladie étaient toujours visibles. Rien n'avait encore été fait pour ma guérison. Dans "l'engin" qui me remontait, j'éprouvai à nouveau les mêmes sensations que pendant ma descente, mais dans un ordre inverse. Une fois à la surface, mes mains saisirent le bord de la pirogue, me permettant ainsi d'émerger de l'eau. Je respirai une bouffée d'air frais, ce qui me procura un bien-être intense.

 

J'étais revenue à la réalité, à l'air libre! Le magicien se tenait debout dans la pirogue. Il m'aida à m'installer à bord. Tournant mon regard de gauche à droite, je conclus que mon absence n'avait duré que quelques minutes. En dehors d'une personne assise sur la berge, rien n'avait changé. À mesure que la pirogue s'approchait de la berge, je réalisai que la personne sur la berge n'était autre que mon mari, Jean! C'était le dernier que je m'attendais à trouver à cet endroit! Mais, au lieu de me frustrer, la présence de mon mari me revigora.

 

J'eus du mal à conserver mon calme! La solitude et les derniers événements avaient suscité en moi le besoin d'être en présence d'une personne chère. Toute joyeuse, je courus me jeter dans ses bras. M'appuyant sur son épaule, je perdis courage et me mis à pleurer. Jean demeura de marbre, sans un mot. Il se tourna vers le magicien et dit: "S'agit-il d'une revenante ou de mon épouse?" "C'est bien ta femme! Il doit y avoir quelques secrets entre vous, non? C'est le moment ou jamais de le savoir!" "Ce n'est pas la peine, ma femme ne peut pas vivre sous l'eau! Qui peut vivre sous l'eau?" Comprenant l'enjeu, je me dis qu'il était grand temps que j'intervienne. "C'est bien moi, Jean! Souviens-toi, le jour où nous nous sommes rencontrés, de la première parole que tu m'as dite!" Je lui rappelai alors nos souvenirs communs. Ces paroles semblèrent apaiser Jean. Mais que s'était-il passé pour qu'il se trouve ici? Les incantations n'avaient-elles pas agi? Le magicien m'avait-il menti, ou avait-il pris peur après mon plongeon, pour aller prévenir mon mari? Sur le chemin du retour, Jean m'expliqua que le magicien était venu le trouver la veille, en lui disant que j'avais besoin de lui. Il poursuivit: "Je ne pouvais douter de ses paroles, car tu ne m'avais rien dit de ta destination.

 

Je l'ai suivi sans hésitation, craignant qu'il ne te soit arrivé quelque chose. Depuis que je me suis assis à la place où tu m'as trouvé, je n'ai fait que regarder l'endroit où il m'avait montré que tu étais tombée." "Je t'expliquerai tout en détail." Je me rendis compte que j'étais restée sous l'eau trois jours et deux nuits! Était-ce possible? Était-ce le magicien qui était allé trouver mon mari? Seul le maître pouvait répondre à toutes ces questions. Me souvenant enfin de la présence de ce dernier, je lui demandai à quoi pouvait servir l'objet en forme de boule. Voyant la boule, sans me répondre, le maître se prosterna à trois reprises, sans souci de la présence de mon mari. Il me dit: "Madame, grâce à cette boule magique, vous occupez à présent un rang sept fois supérieur au mien. À partir de maintenant, tous vos désirs seront des ordres. Je ne peux plus rien vous apprendre. À ces mots, je me sentis comme vidée. Tout espoir de guérison s'écroula comme un château de cartes. Irritée, je jetai la boule à terre. Elle se brisa en mille morceaux. Le maître était stupéfait. "Pourquoi, madame, avez-vous agi de la sorte?" Effrayé des conséquences que je pouvais subir pour avoir détruit la boule magique, le maître s'enfuit. Je ne l'ai plus revu depuis ce jour. Appuyée sur l'épaule de mon mari, je me mis à pleurer sur mon sort. Mon mari ne me posa aucune question. Il compatissait sincèrement à ma peine. Fatigués et chargés, nous nous acheminâmes vers notre domicile.

 

9- Les méandres de la servitude

 

Une fois à la maison, la porte du salon s'ouvrit d'elle-même, à notre grand étonnement. A peine entrés, une voix nous souhaita la bienvenue, dans notre propre maison, et nous pria d'entrer dans la chambre à coucher. Suivie de mon mari, nous sommes entrés, pour découvrir une boule magique identique à celle que je venais de casser. Une voix sortit de la boule magique et nous donna l'ordre de nous asseoir. Nous nous exécutions déjà lorsque la même voix ordonna que je reste seule, c'est-à-dire que mon mari sorte. Je m'opposai à cet ordre, mais Jean sortit de lui-même. Une feuille de papier sortit du sol. Il y était écrit quelque chose dont on me demanda de prendre connaissance.

 

Au premier coup d'œil, je remarquai qu'il s'agissait d'une liste de cinquante-deux noms. Chaque fois que je citai un nom de la liste, une voix répondait "Présent!" à la manière des écoliers. Sur un ton autoritaire, la voix poursuivit et me dit: "Puisque tu as cassé la première boule, celle-ci est incassable! Nos anciennes clauses sont toujours en vigueur. Pour t'aider à pactiser rapidement avec nous, la boule te fournira de l'argent, des bijoux, et des victuailles, comme des poules blanches et noires. Vous mangerez ces poules lorsque la faim se fera sentir dans le foyer. Ou bien tu pourras obtenir de l'argent, et faire le marché toi-même, ce qui reviendra au même..."

 

Malgré cela, je refusai d'obtenir de la nourriture ou de l'argent par ce moyen. Les membres de ma famille étaient "aisés," pourtant ils commencèrent à m'éviter. Le diable faisait en sorte qu'il n'y ait aucune compassion chez ceux qui nous connaissaient. Si un parent riche nous rendait visite, il pouvait s'apitoyer sur notre sort ou même pleurer, mais son cœur restait froid, et il ne nous venait pas en aide matériellement. Depuis quelque temps déjà, les dettes de mon mari avaient sérieusement augmenté. C'était la souffrance, la disette et la misère au foyer. J'en étais réduite à quémander un peu de nourriture.

 

Ma vie n'était plus qu'un calvaire. Les jeûnes et les privations m'avaient affaiblie encore davantage. Jean, qui depuis longtemps gardait le silence, commença à manifester certains signes de mécontentement et d'inquiétude. Un jour, il voulut que je lui explique d'où provenait cet argent qui se trouvait dans notre chambre et que nous ne pouvions utiliser. Il ne pouvait comprendre pourquoi nous éprouvions la famine, alors que nous avions de la nourriture dans la maison. Je lui répondais toujours qu'il devait attendre le moment opportun pour que je lui explique la situation.

 

Mais, ce jour-là, je résolus de lui dire la vérité. Je lui expliquai que, lorsque j'étais sous l'eau, les démons avaient exigé la mort de mon père en échange de ma guérison. Il fallait que j'accepte de prendre un repas avec eux pour que mon père meure. Je lui dis que j'avais refusé dans l'espoir qu'ils ne s'en prendraient qu'à moi seule, et qu'ils laisseraient les miens tranquilles. Mais ils ne voulaient pas de ma vie. Pour me forcer à pactiser avec eux, ils nous avaient privé de tout, dans l'espoir de nous forcer à utiliser leurs produits. "Je t'en supplie, Jean, si tu tiens vraiment à ce que nous utilisions cet argent et cette nourriture, accepte de signer toi-même un pacte où tu donnerais en sacrifice les membres de ta propre famille..." "Quel rapport y a-t-il entre cet argent et les membres de ma famille? Que viennent-ils faire dans tout cela?" "Tu dois comprendre que cet argent n'est pas venu tout seul. Ce sont des esprits qui nous l'ont apporté... Ainsi, tu es au courant de tout. Accepte de signer, mais en sachant que c'est ton père qui mourra le premier." Pour toute réponse, Jean demeura bouche bée pendant un moment relativement long, avant de conclure: "Je comprends."

 

9.1- Les esprits se matérialisent

 

Pendant tout le temps où j'étais en contact avec les démons, mon mari entendait bien leurs voix, mais sans les voir. Un après-midi, nous revenions d'une visite, en quête de quelques provisions pour la maison. Je me tenais au bord de la route pour souffler un peu, car j'étais complètement exténuée. Une voiture vint s'arrêter à environ dix mètres de l'endroit où nous nous trouvions. Le conducteur, un européen, vêtu d'un pantalon bleu foncé et d'une chemise bleue claire à manches courtes, portant de lunettes noires, et une cigarette à la bouche, me fit signe de m'approcher. À sa façon de m'appeler, je l'identifiai comme l'un des esprits qui me suivaient. Bien que l'ayant reconnu, je fis semblant de n'avoir rien vu ni entendu. Lui, en revanche, comme s'il voulait se faire remarquer, persistait à klaxonner tout en me faisant de gestes. Excédé par la jalousie, je pense, mon mari ironisa et me dit: "Tu ne vas tout de même pas le laisser klaxonner éternellement! N'as-tu jamais le courage de dire à tes amants que tu es mariée, pour qu'ils ne t'appellent plus en ma présence?"

 

Prise par un sentiment de colère, puis de grande pitié envers mon mari, je souris faiblement, malgré la présence de l'homme blanc. "Vous, les hommes ...! Crois-tu, Jean, que cet homme pourrait être mon amant? Crois-tu que ce genre de type pourrait manquer de belles femmes pour accepter de me prendre comme maîtresse, dans mon état actuel?" "Pourtant, il est là, et il t'attend!" "Il n'est pas mon amant pour la simple raison qu'il n'est pas de ce monde. Ce type n'est pas un être humain!" "Comment, ce n'est pas un être humain ...? Est-ce que les européens ne sont pas des hommes?" "Si tu ne crois pas ce que je dis, approche-toi de lui et tu seras fixé." Pour une fois, Jean se conduisit en homme. D'un air téméraire, il s'avança vers le véhicule. À son approche, lorsqu'il fut à environ deux mètres, le conducteur démarra en trombe. Après avoir parcouru moins de cinq mètres, la voiture disparut, au grand étonnement de mon mari. Il demeura planté là, ne sachant à quel saint se vouer. Je lus sur le visage de mon mari un découragement total, un désespoir infini, il bégaya: Ainsi, les voix que nous entendons proviennent donc de ces blancs..."

 

9.2- Un exorcisme raté

 

Bien que partageant le même lit, il y avait très longtemps que nous n'avions plus de rapports sexuels, mon mari et moi. Une nuit, Jean voulut réclamer son droit sur mon corps. C'est alors que des coups fusèrent de partout, coups qui lui furent administrés par des adversaires invisibles. Il reçut l'ordre de ne plus mettre les pieds dans la chambre à coucher, de peur de subir de graves sanctions. Malgré ces injonctions, Jean préféra braver la mort, plutôt que de m'abandonner. Mais, chaque fois qu'il tentait de franchir la porte de la chambre à coucher, il était violemment agressé. On lui assénait de méchants coups de poing. J'avais pitié de mon mari, mais je ne pouvais rien faire pour lui venir en aide. En revanche, il ne s'avoua pas vaincu pour autant. Poussé par l'amour de sa Françoise, il fit ce qui lui semblait bon, dans le but de me secourir. Sans me prévenir de son projet, il alla trouver les prêtres catholiques et les invita à venir exorciser la maison. En effet, ce n'était un secret pour personne qu'il y avait des bruits dans la maison, même en l'absence d'occupants. Les voix de plusieurs personnes étaient parfois audibles, même par les voisins.

 

Deux jours plus tard, un prêtre se présenta avec deux acolytes munis des instruments nécessaires à l'exercice de leur mission, c'est-à-dire exorciser la maison et ses occupants. La célébration de l'eucharistie devait intervenir en dernier lieu, en signe d'action de grâces en ma faveur. Outre le prêtre et les deux servants, assistaient à cette cérémonie mon mari et nos quatre enfants ainsi que moi-même. La messe commença à dix heures quarante. Tout alla pour le mieux, jusqu'au moment où nous remarquâmes de la confusion chez le prêtre. Il avait encore les bras levés, tenant dans ses mains le calice contenant le vin transformé en "sang de christ," lorsqu'un vent venu d'on ne sait où commença à souffler violemment balayant tout sur son passage.

 

La puissance de ce vent arracha le calice des mains du prêtre, et fit tomber tous les objets qui se trouvaient sur l'autel improvisé. Nous fûmes tous contraints de rester accroupis, pour ne pas être battus par des êtres invisibles. Malgré notre position d'humilité, la situation devint de plus en plus intenable. Nous ne trouvâmes un peu de répit que dans la fuite, le prêtre en tête, avec ses acolytes, suivis des enfants et de leur papa. Tout le monde ne trouva son salut que dans une débandade digne des temps apocalyptiques.

 

Le prêtre se retrouva dehors avec ses habits tout déchirés. Quant à moi, j'étais restée assise à la même place. Tandis que l'ouragan battait son plein, quelqu'un me chuchota à l'oreille: "Reste calme, tu n'es pas concernée!" Après la fuite du prêtre, quelqu'un vint me dire: "Tu as de la chance que nous ne t'ayons pas informé des conséquences entraînées par la venue de ces personnes ici. Sache que le jour où ils remettront les pieds chez toi, nous t'infligerons une punition que tu ne risqueras pas d'oublier toute ta vie durant!" Je fis part à mon mari de la mise en garde des démons. Nous ne nous attendions pas à ce que les prêtres puissent encore venir chez nous, compte tenu du mauvais traitement qu'ils avaient subi de la part des démons, lors de leurs précédentes visites.

 

Mon mari et moi avions pensé qu'il était inutile de leur demander de ne plus revenir. Cependant, le prêtre qui avait été chassé ne s'avoua pas vaincu pour autant. Loin d'abandonner, il alla trouver un collègue plus expérimenté que lui. Il ne voulait pas laisser ternir l'image de sa congrégation. Environ une semaine plus tard, à notre grand étonnement, nous vîmes venir un prêtre plus âgé que le précédent. Il nous dit qu'il venait exorciser la maison. Nous ne pûmes l'en empêcher, pour plusieurs raisons.

 

Personne chez nous ne lui avait demandé de venir. Compte tenu de l'âge avancé de ce prêtre, nous nous sommes dit qu'il devait avoir plus d'expérience. Enfin, il nous restait encore un léger espoir. Ce fut à peu près le même scénario que la fois précédente. Lors de la consécration, juste au moment où le prêtre prononçait ces paroles: "Faites ceci en mémoire..." on entendit un grand bruit. C'était le retentissement d'une gifle magistrale sur la joue droite du prêtre. Ce dernier chancela et tituba, mais encaissa le coup. Il parvint à conserver son équilibre et, à ne pas tomber. On aurait dit une colonne qui vacillait, prête à tomber. Il se mit à prononcer des paroles dans une langue incompréhensible.

 

En guise de réponse à ce que je pensais être une prière, un vent encore plus violent que la fois précédente se mit à souffler et emporta tout. Le vieux prêtre s'enfuit sans autre forme de procès. Ces deux échecs consécutifs me firent penser que ces prêtres, ou tout au moins les membres de cette congrégation, étaient incapables de chasser les mauvais esprits. Ils n'étaient manifestement pas habilités à s'octroyer cette prérogative de l'exorcisme. À quelques nuances près, ces échecs ressemblent à ce qui est écrit dans le livre des Actes des Apôtres, chapitre 19, versets 13 à 17.

 

9.3- La sentence

 

Nous restâmes impuissants, frustrés et résignés à notre sort, nous attendant à recevoir la punition promise par les démons, le châtiment qui devait s'abattre sur nous. J'étais lasse d'attendre une guérison utopique qui ne venait jamais. Je me disais que la meilleure solution était encore la mort. Je voulais mourir seule, pour que mon mari et mes enfants soient épargnés. Mais nous ne pouvions que supposer la nature du châtiment, puisque les démons ne nous avaient pas encore contactés. Une voix de quelqu'un qui se tenait auprès de moi me dit, comme s'il ne voulait pas trop nous laisser languir: "Un homme averti en vaut plusieurs... Demain, à midi, tu prendras connaissance de la sanction..." J'informai à nouveau mon mari de la menace des démons. Il perdit son calme et se mit à pleurer. Pour le consoler, je lui dis de ne pas trop s'inquiéter sur son sort. C'est à moi qu'ils en voulaient, et non à ma famille. Je lui rappelai qu'ils n'avaient rien pu faire contre mon père, car je n'avais pas cédé à leur chantage. Ces paroles rendirent courage à mon mari, qui ne dit plus rien. Le lendemain, après le déjeuner, Jean voulut emmener notre plus jeune fils chez le coiffeur.

 

Il alla dans la chambre des enfants, où il croyait les trouver en train de jouer après le déjeuner, mais il ne trouva personne. Il se rendit à la cuisine, où ils avaient pris leur repas. Avant de pousser la porte, il eut le pressentiment qu'un grand malheur venait de s'abattre sur sa vie. La première chose qui le frappa fut le silence des lieux. Tout était parfaitement calme! Poussant la porte, il découvrit une scène macabre: Cinq corps étaient étendus pêle-mêle à terre, les cinq cadavres de nos enfants et de notre domestique. Chaque corps gisait à côté de son assiette. Le repas était à moitié entamé... Aucun doute n'était possible. Il n'était pas même besoin de faire une autopsie. Tout indiquait une mort par empoisonnement. Mais qui avait pu empoisonner les aliments des enfants, puisque même le domestique était mort? Quand avait été déposé le poison, puisque ces mêmes aliments nous avaient aussi été servis? Alors, les paroles prononcées la veille par le démon me revinrent à l'esprit, et je perdis connaissance. Il était midi lorsque j'appris la mort de mes enfants.

 

Ils avaient tenu parole! C'était une punition dont je devais me souvenir toute ma vie. Qui peut donc oublier la perte de ses quatre enfants en un seul jour? Mes enfants, mes très chers enfants, supprimés en un seul jour de la face de la terre! J'étais touchée dans ce que j'avais le plus cher au monde... Je me laissai aller au désespoir. Je ne pouvais imaginer jusqu'où pouvaient aller les représailles des assassins de mes enfants. J'étais plus morte que vivante. Après ce deuil, les parents de Jean s'accordèrent pour me séparer de leur fils. Ce fut pour moi un grand choc de perdre, en moins d'un an, ceux qui m'étaient les plus chers au monde! Mon mari n'obéit pas sur le champ aux ordres de ses parents, mais il finit par céder. Les tracasseries causées par les démons, et autres difficultés, finirent par avoir raison du peu de résistance qui lui restait. Une nuit, Jean partit pour ne plus revenir. Plus tard, il se remaria, mais je savais qu'il continuait à m'aimer. Il se mit à boire et à fumer à l'excès. Trois ans après sa séparation forcée, il succomba à une maladie des poumons. Bien que n'ayant pas encore, à cette époque, reçu le salut de Dieu, je lui avais pardonné. Je savais que ce n'était pas la faute de Jean s'il avait fui les harcèlements des démons. Je ne lui en voulais en rien.

 

9.4- Au service du mal

 

À présent que j'étais abandonnée à moi-même, les démons purent trouver en moi un terrain d'action propice. Sachant que je n'avais maintenant plus grand-chose à perdre, les démons changèrent de tactique envers moi. Ils devinrent courtois dans leur manière de communiquer avec moi, parfois même gentils. Ils m'utilisèrent de plus en plus pendant cette période. Je devins leur femme. Les mauvais esprits ne peuvent pas se reproduire entre eux. C'est ainsi qu'ils font toujours appel à des êtres humains pour se reproduire, et pour mener à bien la grande campagne de séduction de l'humanité organisée par satan. L'union entre un être humain et un mauvais esprit donne naissance à un monstre mi-homme mi animal. Ces esprits ne peuvent périr que carbonisé, par l'invocation du feu du ciel sur eux. Cependant, les anges déchus ne périssent pas de cette manière. S'ils ont élu domicile dans un corps humain, ils peuvent être chassés ou délogés par le Saint-Esprit, lorsque nous invoquons le Nom de Jésus-Christ. Matthieu 12:28.

 

Restée seule à la maison, je devins l'épouse de plusieurs démons. Deux à trois fois par semaine, je mettais au monde ces enfants monstrueux. Je les nourrissais au sein deux à trois jours, et cela leur suffisait. Puis je m'occupais des autres. Je vous raconte ce que j'ai vécu, afin d'exposer ces choses au grand jour, pour la gloire de mon Sauveur! Jésus-Christ est venu pour détruire les œuvres du diable. Or, la plus grande œuvre de satan est de nous maintenir loin de Dieu, de nous empêcher de connaître Dieu et Son Fils Jésus-Christ. ... Si un être humain était entré par hasard dans la pièce où je me trouvais, il n'aurait pu voir personne d'autre que moi, alors que des légions de démons s'affairaient autour de moi! Tout ce qu'un visiteur aurait pu voir, c'était que j'avais les seins gonflés comme ceux d'une femme qui allaite. Je ne me lavais pas, on me lavait. Je ne faisais ni la cuisine ni le marché, on les faisait pour moi. Je ne savais pas d'où provenaient les aliments. Pouvez-vous imaginer une femme dont les cheveux se tresseraient d'eux-mêmes, ou qui mangerait des aliments invisibles? C'était pourtant mon cas. Oh, mon Dieu, que ma bouche ne cesse de louer Ta grandeur, Ta force, et Ta Toute-puissance, dans les siècles des siècles, amen!

 

9.5- Exhortation

 

Bien-aimés, vous devez savoir que les satanistes et ceux qui pratiquent certaines sciences occultes utilisent un vocabulaire différent du nôtre. Ainsi, par exemple, les bars, les night-clubs, les dancings, les hôtels, etc. sont leurs "magasins". ... Je vois mal certaines personnes qui se disent "chrétiennes" tenir ou détenir des débits de boissons, des hôtels, des night-clubs, etc. C'est insensé! ... Si Dieu nous permettait de voir ce qui se passe dans notre univers, je ne suis pas certaine qu'il y aurait beaucoup de personnes courageuses pour aller se promener en plein jour dans certains endroits! Il se passe beaucoup de choses que Dieu, dans Son amour ne veut pas que nous puissions voir. Imaginez un énorme crapaud en train d'uriner dans le verre d'un consommateur dans un bar, alors que celui-ci croit qu'on est en train de lui verser à boire! Le consommateur ne voit rien de ce qui se passe dans l'invisible. Comment réagirions-nous si nous voyions voler dans le ciel d'énormes orangs-outangs en plein jour? Tout le monde fuirait! Ces choses se passent réellement. Louons le Seigneur d'avoir caché ces choses à nos yeux!

 

9.6- La visite de mon père

 

Pendant toute cette époque, aucun membre de ma famille n'était venu me voir, bien que sachant tout ce qui m'était arrivé. Mais, un jour, mon père vint me rendre visite. Je ne sais si quelqu'un était allé le prévenir. Il arriva, une Bible à la main. Lorsqu'il fut sur le seuil de la maison, une voix lui donna l'ordre de sortir. Comme il essayait, perplexe, de comprendre d'où provenait cette voix, il reçut un coup sur la tête et tomba. Mon cœur me fit très mal lorsque je vis mon cher papa se relever avec peine tout en me fixant d'un air étonné. J'étais assise dans un fauteuil et je me mis à pleurer. Dès le moment où j'avais aperçu mon père dans l'embrasure de la porte, j'étais restée sans voix. Il m'était difficile d'émettre un son quelconque. Je voulais crier pour le prévenir de ne pas s'approcher de moi, mais je restai muette. À nouveau, la voix d'un démon tonna en s'adressant à mon père: "Sors, c'est un ordre! Sors d'abord, jette ce que tu tiens à la main, puis tu diras ce qui t'amène!" Mon père marcha à reculons jusqu'à la porte. Une fois dehors, il tourna la tête dans ma direction, puis regarda sa Bible. Puis il se décida. Il ne jeta pas la Bible, mais la déposa à terre. Il s'avança pour entrer, mais on lui ordonna de s'avancer à genoux. Je vis une larme couler sur une joue de mon papa!

 

Il s'agenouilla et commença à ramper vers moi. Arrivé tout près de moi, il tendit les mains pour m'embrasser. C'est alors que je fus soulevée de terre. "Ne la touche pas!" Tonna une voix. Mon père était pasteur d'une grande église Luthérienne. En le voyant venir, j'avais eu un regain d'espoir, car il devait occuper la position privilégiée de quelqu'un qui connaît la volonté de Dieu. Puisque les prêtres avaient échoué, les pasteurs ne pouvaient que réussir! En l'occurrence, mon père ne pouvait que mieux faire! Mais, à le voir à genoux, ramper comme un ver de terre, obéissant aux ordres de ceux qui avaient demandé sa mort pour que je guérisse, je perdis tout espoir de guérir un jour. Toujours accroupi, au lieu de prier Dieu et d'invoquer le Nom du Seigneur Jésus-Christ et la présence du Saint-Esprit, mon père se mit à invoquer les esprits de ses ancêtres, en les citant chacun par leur nom. Cette prière occulte apaisa ou sembla apaiser les démons. Mon fauteuil regagna le sol.

 

Voyant cela, mon père poussa la hardiesse jusqu'à exiger que les esprits de ses ancêtres païens m'amènent avec lui. Les démons lui répondirent que cela était impossible. - Elle mourra en cours de route! Nous la tuerons! Elle ne vivra pas! A la longue, mon père eut le dessus et parvint à m'amener. Si les mauvais esprits qui me retenaient captive cédèrent aux demandes de mon père, c'est que les esprits qu'il avait invoqués étaient d'un rang supérieur au leur. Ils avaient plus de droits sur moi, du fait des liens de sang et des liens familiaux. Mon père avait poursuivi son monologue jusqu'au soir, et les démons avaient relâché leur emprise sur moi, au point que je pouvais me déplacer aisément. Après m'avoir emmenée chez lui, mon père convoqua le soir même les membres de la famille, pour statuer sur ma situation. Ils résolurent tous de me conduire chez le plus grand féticheur qu'ils connaissaient, non loin de mon village natal.

 

9.7- Chez le féticheur de Kandelungu

 

Dans notre société, la femme occupe la seconde position. Ainsi trouve-t-on une longue liste d'interdits pour les femmes. Certaines personnes vont jusqu'à ne pas admettre des femmes dans les pratiques traditionnelles. C'était le cas du féticheur que mon père avait contacté pour faire exorciser sa fille bien-aimée. Dans un premier temps, et pour faire monter les enchères, le féticheur refusa net de s'occuper de mon cas, simplement parce que j'étais une femme. Il n'avait jamais traité de femme. Il dit: "Nous amener ici une femme est pour nous une insulte!" Mais il ajouta: "Cependant, compte tenu de votre notoriété de pasteur, je veux bien vous rendre ce petit service, pourvu que vous ayez les moyens d'apaiser les esprits irrités par cet affront. En plus de l'argent, tu devras m'amener douze chèvres." La proximité de notre village natal fit que la collecte des chèvres s'effectua sans grand problème. Une somme importante d'argent fut aussi remise au féticheur, en plus des chèvres. Je fus accompagnée par mon père et par ma petite sœur, et aussi par d'innombrables démons, qui me sommaient de rebrousser chemin et de fuir. Nous allâmes chez le féticheur vers le soir.

 

Le lendemain matin, on me donna un breuvage dans un bocal. Il s'agissait d'une drogue, car après l'avoir consommée, tout mon corps s'affaiblit et je perdis connaissance, je fus déposée inconsciente dans un trou d'un mètre cinquante de profondeur, d'un mètre quatre-vingt de long, et de cinquante centimètres de large. Le trou fut recouvert de troncs d'arbres, de branches et de feuillages, puis de terre au-dessus. Un grand feu fut allumé sur ce trou rebouché, alors que je me trouvais à l'intérieur. Un groupe de danseurs se tenaient tout autour du feu. Entraînés par des tamtams, les danseurs se lancèrent dans une danse rituelle au rythme endiablé. À ce moment-là, le maître des lieux, le féticheur, entra en scène. Il sortit de son "laboratoire" (case construite un peu à l'écart des autres, qui abritait ses fétiches ainsi que d'autres objets nécessaires à l'exercice de ses fonctions), paré d'une tenue de cérémonie aux couleurs chatoyantes, et tenant une lance dans sa main droite.

 

Il fit son apparition en dansant, et s'approcha du trou recouvert dans lequel je me trouvais, inconsciente. Après avoir effectué quelques pas de la danse rituelle autour du feu, il enfonça sa lance dans le feu. Un cri jaillit du feu: "Hé!" Lorsqu'il ressortit sa lance du feu, elle était toute trempée de sang. Le féticheur s'écria: "Un de moins!" Et il se remit à danser. Il enfonça une seconde fois sa lance dans le feu. Un second cri jaillit du feu: "Hé!" Il retira à nouveau sa lance maculée de sang. Tout heureux de constater l'efficacité de son art, il s'écria: "Deux de moins!" Puis il lança en direction de mon père: "Nous les aurons tous, les persécuteurs de ta fille! Leur sang sur ma lance est un bon signe!" Le vieux se remit à danser. Lorsqu'il voulut enfoncer sa lance pour la troisième fois dans le feu, un cri jaillit à nouveau, non pas dans le feu cette fois, mais dans l'assistance, parmi les badauds accourus pour la circonstance: "Oh feu! Oh feu! La case brûle!" Convergeant leurs regards dans la direction indiquée par le badaud, les assistants virent en effet que la petite case d'où était sorti le vieux tout à l'heure était en feu. Les flammes tendaient à s'étendre vers les autres habitations.

 

Avec une rapidité étonnante pour son âge, le féticheur se dirigea vers les flammes. Il manqua de peu de se brûler, mais il fut retenu. Il ne parvint pas à récupérer quoi que ce soit de sa case en flammes. L'incendie fut tout de même maîtrisé, malgré la perte du "laboratoire" et de tout son contenu. Les autres habitations furent épargnées. Questionné pour savoir qui avait mis le feu au laboratoire, le vieux, tout en colère, expliqua que ce n'était pas un homme qui avait mis le feu à sa case, mais les esprits, qui s'étaient révoltés parce qu'il avait accepté de traiter une femme! - Sortez votre fille d'ici et allez-vous-en! Vous m'avez tué! Je suis mort! Je ne veux plus vous voir! Allez-vous-en!

 

Encore inconsciente, je fus sortie du trou et on m'emporta. Bien que n'ayant pas honoré son contrat, le féticheur ne restitua rien à mon père, ni une chèvre, ni un seul centime! Le fait que mon père ait été renvoyé n'était pas pour me rendre l'espoir. Les démons se moquaient de moi et riaient. Elles ne cessaient de me dire que c'était eux qui avaient eu le dernier mot. Pour eux, si je voulais parvenir au salut, il fallait que je me décide à tuer mon père. Après ce dernier échec, je sus qu'il ne me restait plus qu'une chose à faire: me suicider! Je me disais: "Puisqu'ils n'ont pas le courage de me tuer, je le ferai à leur place. Mon père sera alors épargné. Ce n'était pas du stoïcisme de ma part, mais plutôt de l'amour paternel. Puisque j'avais tout perdu, autant préserver celui qui m'avait engendré.

 

9.8- En route pour la Tanzanie

 

Je réfléchissais à la manière de réaliser mon plan diabolique, mais le Seigneur avait pour moi un autre destin. Le jour où j'avais décidé de m'empoisonner, mon père vint me dire qu'il envisageait de m'emmener le plus vite possible en Tanzanie. D'après un communiqué de la radio tanzanienne, il y avait un grand réveil spirituel dans ce pays. Le Seigneur y opérait des miracles comme aux temps bibliques. Les sourds entendaient, les aveugles recouvraient la vue, les paralytiques marchaient, et ceux qui étaient possédés par des esprits impurs étaient délivrés par la Parole de Dieu. Mon père me dit: "J'ai résolu de t'emmener là-bas dans une semaine, ma fille. Nous allons mettre cette semaine à profit pour nous préparer. Deux jours avant notre départ, un parent amena une femme auprès de mon père, et lui demanda de raconter son histoire. Elle le fit sans se faire prier.

 

- Papa pasteur, je ne sais si vous me reconnaissez? Je suis celle qui était folle, et qui se promenait à moitié nue dans ce village. (Depuis notre visite chez le féticheur, nous n'étions pas retournés à Lubumbashi. Nous nous étions retirés dans notre village natal.) Il y a moins d'une semaine, une nièce mariée à Kasongo (chef-lieu de Zone situé à 90 km de Shabunda, notre village) est venue me chercher pour m'y amener. Le pasteur de l'Assemblée de Dieu de Kasongo avait invité un couple d'évangélistes venus de Kinshasa. Ce couple prie Dieu d'une façon originale. Par exemple, ils chassent les démons au Nom de Jésus. Plusieurs démoniaques comme moi ont été délivrés grâce à la prière de ce couple. Lorsque ce cousin (elle désigna la personne qui l'avait amenée) m'informa de votre intention de vous rendre en Tanzanie, je n'ai pas hésité un seul instant à venir vous voir pour vous dire d'aller plutôt à Kasongo. Si vous consentez à y aller, je suis prête à vous accompagner. Je suis certaine que le Dieu de ce couple délivrera votre fille comme Il l'a fait pour moi.

 

Les démons ne tenaient pas que je me rende à Kasongo. Ils me dirent qu'ils feraient tout ce qu'ils pourraient pour m'empêcher d'y aller. C'est ainsi qu'ils me paralysèrent les deux jambes, m'empêchant de me tenir debout. La sœur me porta sur son dos, et nous pûmes continuer notre chemin vers Kasongo. Nous étions un groupe de six personnes: Mon père, mon cousin, deux cousines, la femme qui nous avait annoncé cette nouvelle, et moi. Chez moi, les voyages se font à pied. Non pas que nous manquions d'infrastructures routières, mais nous ne pouvions pas nous permettre d'attendre une voiture, compte tenu de la rareté des véhicules dans cette partie du pays. Poursuivant notre pénible marche, nous nous arrêtâmes pour nous reposer dans un village, après avoir marché pendant au moins vingt kilomètres. Nous avons croisé une femme qui venait justement de Kasongo. Elle portait un enfant sur le dos et glorifiait le Seigneur en chantant des cantiques de louange. Mon père, qui voulait savoir la raison de son excitation, l'interpella.

 

La femme nous dit ceci: Ma fille que voici était sourde depuis longtemps. Je viens de Kasongo, où un homme et une femme venus de Kinshasa ont prié Dieu pour que ma fille entende. Juste après leur prière, j'ai appelé mon enfant, et elle m'a répondu. Vous ne pouvez vous imaginer quelle joie est la mienne! J'ai voulu les remercier pour ce qu'ils avaient fait, mais ils m'ont répondu qu'ils n'étaient que de simples instruments utilisés par Dieu, et que c'était à Dieu que je devais rendre gloire. Depuis lors, je ne fais que Le remercier pour la guérison de ma fille. C'est pourquoi vous me voyez chanter, toute joyeuse. Les gens disent qu'ils comptent rentrer bientôt. Il semble qu'ils doivent encore rester une semaine. Je vais de ce pas chercher mon petit frère qui a perdu la vue dès son jeune âge. Ce serait pour lui une grande chose que de recouvrer la vue!

 

Pendant tout le temps que cette femme parlait, les voix ne cessaient de me répéter qu'elle mentait: "Elle ment, elle ment! Ne l'écoute pas! Retournons, n'y va pas!" Mon père me dit: - Françoise, c'est Dieu qui nous envoie ces gens pour nous venir en aide. Prends courage et dépêchons nous, sinon, si nous traînons, nous risquons de les manquer! À cet instant précis les démons clouèrent mon père au sol. Il eut une sorte de crampe subite qui le força à rester couché. Il était impossible d'avancer. La paralysie qui m'avait empêchée de marcher avait été transmise à mon père! Les démons me dirent: "Puisque c'est lui qui tient à t'amener là-bas, nous allons voir comment il va s'y prendre!" Je tombai en sanglotant dans les bras de mon père, toute abattue.

 

Il m'encouragea à poursuivre le voyage sans lui: "Cette crise de rhumatisme ne pouvait choisir un aussi bon moment pour me terrasser! Avec un petit repos, un jour au plus, je serai rétabli. La douleur sera moins forte que maintenant. Puisque tu peux marcher maintenant, prends courage, ma fille, et va trouver ces gens dont nous a parlé cette femme tout à l'heure. Je vous rejoindrai dès que possible. Ne vous inquiétez pas pour moi, cela passera!" Puis, se tournant vers son neveu, il dit: "Prends soin de ta sœur!"

 

Bien-aimés du Seigneur, c'est par la foi que j'ai fait cette distance sans tenir compte de tout ce que me disaient mes locataires. Je marchais lentement en titubant. Tous les dix kilomètres, nous nous reposions pour souffler. La maladie m'avait fortement affaiblie. Les privations, ajoutées aux tracasseries des démons, m'avaient accompagnée sur ma longue route vers la guérison. Il ne me restait plus qu'une journée de marche environ, lorsque les démons m'ôtèrent l'usage de la parole, m'empêchant ainsi de communiquer avec le monde extérieur...

 

10- Suite du témoignage relatée par Kapena Cibwabwa

 

10.1- La délivrance

 

Bien qu'ayant à plusieurs reprises entendu témoigner la sœur Lutala, je ne pouvais tout de même pas mettre ce témoignage par écrit sans avoir interrogé des témoins oculaires, les acteurs mêmes que Dieu a utilisés pour sa délivrance: Le frère M'Pongo Moïse, et la sœur Philomène Kaseka.

 

Kapena Cibwabwa (K.C.): Pasteur M'Pongo, d'après la sœur Lutala, vous êtes l'une des deux personnes dont le Seigneur s'est servi pour sa délivrance. Pouvez-vous nous relater comment Dieu vous a demandé d'accomplir cette œuvre?

 

Pasteur M'Pongo Moïse (M.M.): Merci, mon bien-aimé frère Kapena, pour l'occasion que vous me donnez de parler de cette œuvre grandiose, pour la première fois après tant d'années. C'est par prophétie que Dieu nous avait demandé d'intervenir. Vers le mois de mai 1983, je me trouvais à Masina, au quartier Sans Fil, où je dirigeais une église locale. Il m'arrivait souvent de me rendre au quartier chic de Righini dans la zone de Lemba, où habitait ma sœur en Christ Philomène Kaseka, pour aller lui rendre visite. Le 19 mai, après un long temps d'absence, je suis donc allé lui rendre visite chez elle. Elle m'accueillit par ces paroles: "Sois béni, mon frère, puisque tu viens de la part de Dieu. Il y a deux jours, le Seigneur m'a parlé dans une vision nocturne. Dans cette vision, j'ai vu la carte politique de mon pays, le Zaïre, suivie d'un gros plan sur la région de Kivu. Je remarquai qu'il y avait un gros serpent enroulé autour de l'une des sous régions, celle de Maniema. J'ai demandé au Seigneur ce que cela signifiait.

 

Le Seigneur me donna l'interprétation de la vision: Le grand serpent que tu vois, c'est le diable. Il est en train de séduire beaucoup de monde dans cette partie du pays. Si je t'ai montré ces choses, c'est que j'ai une importante mission à te confier. Descends vite à cet endroit pour glorifier mon Nom!" Je répondis au Seigneur: "Mais je suis une femme! Ta Parole m'interdit de prendre autorité sur un homme. (1Timothée 2:12). Il n'y a pas que des femmes dans cette sous région!" Le Seigneur me dit: 'Tu n'iras pas seule. Dans deux jours, je t'enverrai mon serviteur, M'Pongo Moïse. Ce sera un signe de ma part. Arrange-toi pour lui payer son billet de transport." J'ai reçu ce message le 17 mai. Deux jours après, comme me l'a dit le Très-Haut, te voici, après avoir disparu pendant je ne sais combien de temps!

 

Après avoir entendu la sœur Philomène, je lui demandai de m'accorder un temps de prière. Non pas que je doute de ses paroles, mais simplement pour me mettre dans l'ambiance du Saint-Esprit. Je fis un jeûne de deux jours, au terme duquel Dieu confirma la prophétie en mettant en moi une forte conviction. La sœur Philomène était certaine de mon accord. Sans me consulter, elle avait déjà acheté deux billets d'avion Kinshasa-Kindu, le 20 mai 1983. Deux jours après ma conversation avec elle, le 21 mai, je me rendis de grand matin à Righini. J'avais emporté tous mes effets de voyage. Ma décision était de ne rentrer qu'une fois la prophétie accomplie. "Es-tu prêt pour le voyage?" me dit-elle en m'accueillant à mon arrivée chez elle. "Quel voyage? Je n'ai pas de billet de transport." "Tout est réglé, par la grâce de Dieu. Nous avons les billets. Debout! En route pour l'aéroport!

 

K.C.: Une fois à Kindu, aviez-vous un point de chute pour débuter vos services?

 

M.M.: A Kasongo vivait un pasteur qui nous connaissait depuis le temps de notre groupe de prière situé sur la 9e rue à Kinshasa-Limete. Dieu sait arranger les choses, mon frère. Ce pasteur était le représentant légal de toutes les Assemblées de Dieu de la sous-région! Puisqu'il nous connaissait en notre qualité de serviteurs de Dieu, il ne s'opposa pas à notre demande de travailler au sein de l'église qui lui était confiée. ... Nous avons observé trois jours de jeûne et de prière. Nous avons commencé par faire des séminaires bibliques dans les églises avant de faire des croisades d'évangélisation. Dieu glorifia le Nom de Son Fils au travers de notre ministère là-bas. Il y eut beaucoup de miracles: Les paralytiques marchèrent, les sourds entendirent, les aveugles recouvrèrent la vue, ceux qui étaient possédés par des esprits impurs furent délivrés. C'est surtout cette dernière catégorie qui était la plus nombreuse.

 

K.C.: Si je comprends bien, c'est durant cette période que vous avez fait connaissance de la sœur Lutala Françoise? Pourriez-vous éclairer les lecteurs sur les circonstances dans lesquelles vous l'avez connue, et donner sa description physique?

 

M.M.: Bien, mon frère, que Dieu vous bénisse pour la question! Parmi ceux que le Seigneur avait délivrés au travers de notre ministère, se trouvait une jeune femme de Shabunda, qui est aussi la zone d'origine de la sœur Lutala. Cette sœur avait été délivrée d'un esprit impur qui la tourmentait depuis longtemps. Une fois de retour chez elle, elle informa les parents de Lutala de ce que le Seigneur avait fait dans sa vie. Elle ne manqua pas de leur dire que nous nous trouvions à Kasongo, à environ 90 kilomètres de là. Partant de sa propre expérience, elle parvint à convaincre les parents de Lutala de l'emmener, non en Tanzanie, mais là où nous nous trouvions, à Kasongo.

 

Un dimanche soir, le pasteur Sansaku, qui nous accueillait, la sœur Philomène Kaseka, et moi-même, nous revenions de Mitende, localité située à 7km de Kasongo, où nous avions prêché la Parole de Dieu dans l'une des paroisses des Assemblées de Dieu. Après avoir parcouru cette distance à pied, à l'aller comme au retour, nous étions fort fatigués. Arrivés à Kasongo, nous avons trouvé un groupe constitué d'un homme et de quatre femmes. L'une d'elle attira mon attention. Elle était très maigre. Elle avait les cheveux ébouriffés et sales. Ses yeux étaient enflés et son regard était hagard. Malgré sa maigreur, sa poitrine était très enflée, à la manière d'une femme qui allaite. Elle portait une robe très sale en lambeaux. Ses jambes et ses pieds étaient tellement enflés qu'il n'était pas besoin de faire appel à un médecin pour diagnostiquer un éléphantiasis. Elle avait tout d'une folle. J'appris plus tard que ce groupe venait de Shabunda. Je ne sais combien de temps ils avaient mis pour parcourir cette distance à pied. Nous étions le dimanche 10 juin 1983.

 

K.C.: Jusque-là, vous ne connaissiez pas le mobile de leur visite?

 

M.M.: En voyant la personne que je viens de décrire, je compris vite qu'elle avait besoin d'une prière de délivrance. Compte tenu de l'heure tardive et de la fatigue qui gagnait mon corps, je murmurai en moi-même: "Pourquoi ne pas attendre demain pour la délivrance de cette femme?" C'est alors que le Saint-Esprit me dit clairement: "Pourquoi voulez-vous compromettre mon œuvre?" Convaincu de l'appui du Seigneur, je demandai à ma compagne de voyage d'entretenir la nouvelle venue sur la repentance et le pardon des péchés, le temps de me retirer pour demander non la volonté, mais la direction du Seigneur.

 

En effet, mon jeune frère Kapena, le service de délivrance nécessite beaucoup de prière (Marc 9:29). Je rejoignis la sœur Philomène, une fois ma prière terminée. A son tour, elle se retira pour prier. En attendant son retour pour commencer la prière de délivrance, j'entrepris de sonder la sœur Lutala. Je lui posai certaines questions en rapport avec la Parole de Dieu. Ses réponses démontraient une résistance farouche à la Parole de Dieu. Le Saint-Esprit m'interdit de continuer à lui poser des questions. J'avais vite compris que ce n'était pas elle qui répondait, mais les mauvais esprits en elle. Ne pouvant rien tirer d'elle, je me tournai alors vers ceux qui l'avaient emmenée. Je leur demandai de me parler un peu d'elle. [...]

 

La sœur Philomène revint, et nous débutâmes ensemble la prière de délivrance. ... Voyant l'état de possession avancé de Lutala, j'avais eu la présence d'esprit d'écarter la foule, de peur que les mauvais esprits, une fois chassés du corps de Lutala, n'entrent dans les nombreux païens qui se trouvaient dans la foule. Je parle bien des païens, puisque les véritables enfants de Dieu sont couverts par le sang de l'Agneau de Dieu. Comme la foule refusait de s'écarter, je restai calme, et j'eus alors l'idée d'emmener Lutala un peu plus à l'écart pour sa délivrance. ...

 

10.2- Baptême d'eau par immersion

 

La pensée de devoir ainsi abandonner notre sœur nous préoccupait. Nous ne voulions pas laisser une nouvelle convertie au Seigneur sans encadrement adéquat. Nous devions déjà partir trois jours plus tard. Nous décidâmes alors de baptiser Lutala. C'était sans compter sur sa réaction. Le lendemain matin, je l'exhortai sur la nécessité du baptême d'eau par immersion. Elle me posa une foule de questions, malgré tout ce que le Seigneur venait de faire dans sa vie, par l'intermédiaire de notre ministère, et pas plus tard que la veille. Elle refusa de se faire baptiser. Prétextant son ancienne appartenance au couvent, elle me dit qu'il n'était pas question qu'elle se fasse rebaptiser. Je pris le temps de lui expliquer en quoi consistait le baptême chrétien. C'est l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu (1Pierre 3:21). Ce n'est pas le baptême seul qui sauve. Le baptême est un acte public de foi dans le Seigneur. Il faut d'abord croire en Jésus-Christ. Une fois que l'on a cru, pourquoi passer par le baptême? Jésus dit, dans Marc 16:16 "Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé." Cet ordre a été donné aux apôtres par Jésus Lui-même, dans Matthieu 28:19-20 "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit."

 

J'avais l'impression que mon interlocutrice ne comprenait pas un mot de tout ce que je lui disais. Vers 10 heures, elle s'excusa, pour aller prendre un peu de repos dans sa chambre. J'acceptai sans peine, tout en intercédant pour que Dieu ait pitié d'elle, et lui fasse comprendre le bien-fondé du baptême par immersion. Voici comment le Seigneur exauça notre prière. Vers 14h, Lutala vint elle-même nous trouver pour nous dire qu'elle était prête pour le baptême: "Je désire recevoir le plus tôt possible le baptême par immersion." Je voulus connaître la raison de cette volte-face aussi rapide. "Oh, pasteur, Dieu m'a parlé!" "Dieu vous a parlé? Comment avez-vous su que c'était Lui?"

 

"C'est simple. À 10 heures, lorsque je me suis retirée dans ma chambre pour me reposer, je me suis assoupie. Peu après, je me suis retrouvée en songe dans un endroit qui ressemblait à une salle de classe. Mais une salle de classe étrange, car il y avait un tableau noir sur chaque mur. Chaque tableau était couvert d'une seule inscription. Partout, je pouvais lire écrit: Actes 2:38, Actes 2:38, Actes 2:38... Je ne comprenais pas ce que ces écrits signifiaient. Je résolus de venir vous trouver pour que vous m'en donniez l'explication. C'est alors que je sentis les forces me manquer, et je m'endormis profondément. J'eus un autre rêve. Je vis, non plus une salle de classe, mais une grande rivière. Il y avait deux colonnes de gens disposés en file indienne. Chaque personne devait traverser la rivière en s'y plongeant complètement, pour pouvoir atteindre l'autre rive.

 

De l'autre côté, il y avait un homme qui tenait de nombreux chapeaux de couleur blanche. Chacun de ceux qui avaient traversé la rivière, après s'y être plongé, recevait un chapeau de l'homme aux chapeaux. A l'intérieur de chaque chapeau était inscrit le nom de son destinataire. Je me suis alors approchée de la rivière, et voulus obtenir mon chapeau, mais sans traverser la rivière. Celui qui se tenait de l'autre côté me dit: "Françoise, ici, de ce côté, ce n'est pas la même chose que là où tu te trouves. J'ai ici ton chapeau, avec ton nom écrit dedans. Mais, pour le recevoir, il faut que tu plonges dans la rivière comme tout le monde." Je revins en arrière, et pris ma place dans la file avec les autres. Quand vint mon tour de plonger pour aller récupérer mon chapeau, c'est alors que je me suis réveillée. Il n'était pas nécessaire d'être prophétesse pour comprendre que ce message m'était destiné. Pasteur, je tiens à recevoir mon chapeau blanc. Je désire donc ardemment être baptisée par immersion."

 

"Sœur Françoise, veux-tu me faire croire qu'après tout ce temps passé au couvent, tu ne sais pas que ce passage biblique se trouve dans le livre des Actes des Apôtres, au second chapitre, et au verset 38?" "Non, pasteur!" "Sœur Philomène, lis-nous Actes 2:38!" La sœur Philomène s'exécuta: "Pierre leur dit: Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit." Vers 15 heures, nous allâmes à un ruisseau, il était situé à 5 kilomètres de notre agglomération. La Bible dit bien que "Jean baptisait à Enon, près de Salim, car il y avait beaucoup d'eau" (Jean 3:23). Il n'était donc pas question pour nous de nous contenter d'asperger un peu d'eau sur la tête de Lutala, comme le font certaines églises, ou même de faire une ablution semblable à ce qui se pratique dans le judaïsme ou l'islam.

 

Il y avait trop peu d'eau dans le lit de ce ruisseau. Ma sœur Philomène et moi, nous avons creusé à la main le lit du ruisseau, afin d'obtenir un creux suffisant pour immerger complètement la sœur Lutala, conformément aux Saintes Ecritures. Puis, je l'ai baptisée après lui avoir demandé si elle voulait abandonner le diable et ses œuvres pour se tourner vers le Seigneur Jésus: "Acceptes-tu Jésus-Christ comme ton Seigneur et Sauveur?" En me répondant "Oui," elle confirma ainsi que son immersion dans l'eau était une représentation de sa mort en Jésus-Christ. Elle acceptait aussi le fait que Jésus-Christ était mort pour elle. Cela signifiait que Lutala était morte aux péchés, bien que vivant encore dans le monde. La sortie de l'eau représente la résurrection de Christ, la victoire sur le péché et sur la mort. Ceci préfigure aussi l'enlèvement de l'Église, lorsque Christ viendra prendre les siens pour les faire monter dans les nuées à Sa rencontre! Combien ces choses sont claires!

 

10.3- Le Baptême du Saint-Esprit

 

De retour à la maison, nous avons prié Dieu pour que le Seigneur baptise notre sœur dans Son Saint-Esprit, (Matthieu 3:11). Après l'imposition des mains, le Seigneur la baptisa instantanément dans Son Saint-Esprit. Lutala se mit alors à prier dans une langue inconnue, à notre grande satisfaction, et à l'étonnement des profanes. Nous savions que nous devions laisser Françoise sous la protection du Saint-Esprit, mais cela nous chagrinait de l'abandonner ainsi sans encadrement. Nous la priâmes de nous rejoindre à Kinshasa dès la première occasion. Nous quittâmes Kasongo le 13 Juin 1983, pour arriver à Kinshasa le 24. Deux jours après notre arrivée, alors que nous nous trouvions en pleine réunion de louange, nous entendîmes frapper à la grande porte. Je quittai la réunion pour aller voir ce qui se passait, et je vis la sœur Lutala dans l'embrasure de la porte! Nous nous embrassâmes longuement, puis j'appelai la sœur Philomène Kaseka. Ce fut pour nous une joie immense, que nous partageâmes avec les frères et les sœurs qui étaient en prière avec nous.

 

K.C.: Elle qui ne connaissait pas la ville, comment a-t-elle pu atteindre aussi facilement Righini?

 

M.M.: Ce fut un grand miracle! Je peux sans hésiter vous répondre que ce fut l'Ange de l'Eternel qui la guida. Elle nous raconta comment elle arriva: "Une fois les formalités de l'aéroport de N'Djili terminées, j'entendis un chauffeur de taxi crier: 'Lemba, Lemba, Lemba!' Je m'approchai de lui et lui demandai s'il connaissait une Philomène Kaseka. L'homme me répondit qu'il la connaissait bien. Je répondis que je n'étais pas pressée, puisque j'étais arrivée à Kinshasa. Le conducteur me déposa la dernière, comme il l'avait dit, au quartier Righini, à Lemba. Lorsque je suis entrée, j'ai rencontré le pasteur sur le pas de la porte!" Les embrassades terminées, la sœur Philomène et moi sortîmes du jardin pour payer la course, récupérer les valises et remercier le conducteur. À part les valises de la sœur Françoise, nous ne trouvâmes plus personne. Il n'y avait même pas les traces de roues d'un véhicule! La voiture et son conducteur avaient disparu! Calmement, nous récupérâmes les valises dont aucune ne manquait. Quand nous fûmes retournés dans la "chambre haute," l'intensité des louanges augmenta! Tout le monde se rendit compte que c'était Dieu qui avait disposé d'un ange et de son véhicule pour conduire la sœur à bon port! Le lendemain, nous rendîmes témoignage dans notre assemblée. Le 30 juin 1983, la sœur Françoise rendit son premier témoignage au Palais du Peuple à Kinshasa. [Fin du Témoignage].

 

Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur
Jésus-Christ d'un amour inaltérable!

 

Invitation

 

Chers frères et sœurs,

 

Si vous avez fui les fausses églises et voulez savoir ce que vous devez faire, voici les deux solutions qui s'offrent à vous:

 

1- Voyez si autour de vous il y a quelques autres enfants de Dieu qui craignent Dieu et désirent vivre selon la Saine Doctrine. Si vous en trouvez, sentez-vous libres de vous joindre à eux.

 

2- Si vous n'en trouvez pas et désirez nous rejoindre, nos portes vous sont ouvertes. La seule chose que nous vous demanderons de faire, c'est de lire d'abord tous les Enseignements que le Seigneur nous a donnés, et qui se trouvent sur notre site www.mcreveil.org, pour vous rassurer qu'ils sont conformes à la Bible. Si vous les trouvez conformes à la Bible, et êtes prêts à vous soumettre à Jésus-Christ, et à vivre selon les exigences de Sa parole, nous vous accueillerons avec joie.

 

Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec vous!

 

Source & Contact:

Site Internet: https://www.mcreveil.org
E-mail: mail@mcreveil.org

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